Extrait : " J'ai dix ou douze ans. Je sais maintenant très précisément que le monde existe autour de moi, qu'il n'est pas là pour me porter mais plutôt que je dois faire quelque chose pour qu'il reste le monde. Je sais que c'est ce sentiment qui marque le plus l'enfance mais que dans l'école ce sale commerce des hommes n'a pas officiellement place. Je sais qu'il y a des salauds dans l'école, des profs d'une médiocrité à faire peur, j'en ai toujours rencontrés mais je sais aussi que l'école est aussi une arche de réparation magnifique. Chaque jour, j'entends autour de moi des choses inquiétantes que je raconte aux copains. Chacun en remet. On joue encore beaucoup à la guerre dans les cours. Les Allemands, les Boches, contre les Américains, les Alliés. On arrête pas de se battre et je me souviens que nous avions un sens aigu du tragique en répétant ce que nos parents ou grands-parents nous racontaient. Nous jouions nos vies en blanc mais nous les jouions très sérieusement. Nous mourrions ou nous étions vainqueurs. Et cela nous laissait en sueur, comme si nous avions échappés au pire. Nous regagnions les classes où nous apprenions les règles de base de la vie alors que c'est la mort qui occupait nos esprits en permanence. Ce n'était pas une mort inquiétante ou triste, mais une mort terrible, théâtrale, infinie."
Daniel Simon, né en 1952 à Charleroi. Ecrivain, metteur en scène. Il collabore également à plusieurs projets au Portugal et en Afrique où il anime des Ateliers d'écriture. Publie des poèmes (récemment D'un pas léger , aux éditions Le Taillis Pré), des textes dramatiques (chez Lansman , Aven,...), des nouvelles ( L'échelle de Richter chez Luce Wilquin), des articles, des essais.... Dirige la Revue et la collection de Récits de Vie Je chez Couleur Livres.
http://traverse.unblog.fr
Daniel Simon anime les ateliers de « Récit de vie » et « Auberge espagnole » à la Maison du Livre depuis de nombreuses d'années.
www.traverse.be . |