La pintade de Mariam

La pintade de Mariam figure parmi mes souvenirs gastronomiques les plus délectables. Quand je le lui rappelle, Mariam rit aux éclats en renversant la tête en arrière, ses yeux se plissent, son boubou tressaute. Mariam est une femme intelligente, éduquée. Elle est médecin, comme son mari Mansour.

C’est Ernesto qui m’a conduite à Mariam et Mansour. Ernesto est argentin, travaille au Mali pour la coopération belge et, avec l’aide d’amis italiens, aide à retaper le centre de santé rural où travaillent Mariam et Mansour.

Il faut faire la route pour éprouver les distances. Les courbatures en disent plus que le nombre de kilomètres. Après le goudron, nous prenons la première latérite à droite, et puis tout droit. La piste rouge est pleine de trous et d’ornières. Le véhicule cahote et progresse par endroits à pas d’homme.

Nous arrivons au village en fin de matinée, quand les consultations se terminent. Mansour nous accueille en blouse blanche. Il est calme, posé. Il nous présente l’infirmier, l’accoucheuse, nous fait visiter la maternité. Une toute jeune maman est assise sur un lit. Son visage s’illumine lorsque Mansour prend délicatement son nouveau-né dans les bras. « Elle a eu de la chance », nous dit-il en nous menant dans la cour de sa maison. Il fait chaud, nous avons soif, mais c’est Ramadan…

Mansour nous raconte ses espoirs, le club sportif qu’il parraine, la détermination des jeunes du village à réparer la route et permettre le passage de l’ambulance, les nouveaux panneaux solaires de l’école et de la bibliothèque, maintenant accessibles au-delà du coucher du soleil.

Mariam nous rejoint, enlève sa blouse blanche, la secoue un peu comme pour en décrocher les poussières de souffrance de ses patients. Puis elle nous apporte de l’eau et du savon pour nous laver les mains, et des gobelets d’eau fraiche.

Le temps s’étire en paroles. Je n’ai aucune idée de l’heure acceptable pour notre départ. Il est au moins 14 heures. Je reprendrais bien la route, mais je m’en remets au jugement d’Ernesto.

Soudain une jeune fille apporte des assiettes et des couverts. Pas pour Mansour et Mariam. Rien que pour nous. Je réalise que pendant tout ce temps, Mariam a surveillé de loin la préparation de notre repas. La marmite arrive : c’est de la pintade en sauce qui fond dans la bouche, laissant un agréable picotement pimenté sur les papilles, et un étonnement jubilatoire dans le cœur.

Monique Van Dormael
Avril 2013

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