Une boule douce

Si je partais pour un an, et dans 6 mois, pour vivre seule, dans une cabane au milieu d’une forêt inconnue - un de mes rêves quand même -, je pense que je devrais beaucoup réfléchir, fumer, boire du café, pour savoir ce que j’emporterais.
Mon auto est petite. Achat d’une camionnette.
Pour la bourrer, je le sens bien ;
je sais que je dois être entourée de fétiches,objets ridicules,de bordel quoi,pour me sentir en sécurité.
J’emmènerais toutes mes montres,mon réveil matin, des centaines de piles.Ne pas tomber en panne, surtout.
Le temps, pour moi, est important. De toutes les manières. Qu’il passe, qu’il ne passe pas, il est un repère essentiel. J’aime quand il court. J’aime, quand, parfois il s’arrête. Il m’impressionne. Des montres donc, du temps en boîte ; qui bouge, me rassure ou pas. Le temps,quoi.
J’emmènerais des tas de paires de lunettes, des pinces à épiler, mes centaines de crayons, plein de cahiers, une canne à pêche. Pêcher, encore un rêve...
J’emmènerais un tas de graines de fleurs et de légumes, mes livres adorés.
Déjà relus, soit, mais que je relirai encore mille fois et plus. J’aimerais les connaître par cœur. Ce sera peut-être l’occasion.

Journal sur l’ïle

Vendredi 3 avril.
Enfin arrivée. Epuisée.
La cabane est comme je la voulais.
Je vais dormir.

Je suis Mar.

J’ai échoué ici, mais pas trop.
J’ai, vraiment, choisi de me retrouver sur une île déserte.
J’aime être seule avec moi.
Je ne suis pas du tout certaine que je veuille que quelqu’un trouve mon message.
J’aimerais faire l’expérience de la solitude totale ; même si elle me fait peur aussi.
C’est pourquoi j’ai choisi un îlot, pas vraiment loin de chez moi. Une étape.
J’ai souvent rêvé d’aller au Pôle Nord, le vrai.
J’ai souvent rêvé d’habiter dans une cabane perdue dans la forêt.
J’ai souvent rêvé marcher pendant des jours et des jours, seule ,et arriver n’importe où,dans l’inconnu.
Je n’ai jamais rien fait de tout ça. Et ne le ferai jamais.
Mais j’aime mes rêves. Ils me remplissent et m’accompagnent.
Je voyage beaucoup, je me perds beaucoup.
J’aime la solitude.

Lundi 7 juillet

Jardin en pleine floraison. Les cosmos sont resplendissants.
Le potager a demandé beaucoup de boulot, mais je suis recomposée.
J’aime la solitude que je ressens ici.
La nature m’aide beaucoup.
Je lis énormément, comme je l’avais espéré.
Me suis mise à la pêche : j’adore.
J’ai été capable de construire un petit banc.
Arrêté de fumer sans m’en rendre compte.
Et,grande découverte : j’écris !
Les oiseaux me donnent des nouvelles, me racontent leur vie, m’apprennent à chanter et siffler. Je sais hululer depuis 8 jours.
PS : trouvé un renardeau, ce soir.

Mardi 21 août

Choc, ce midi. Arrivée, en moto, de Luna : une drôle de gamine. Paumée.
Pensais rentrer à la fin du mois à Bruxelles ; tout est remis en question.
La vie, au fond, est quelque chose de sérieux, parfois.

Une boule douce, bruissante de chants d’oiseaux, de frottements d’ailes, de cris et de murmures,
Une boule verte, parfumée d’automne.
Et ma cabane, au beau milieu,
Comme un noyau longtemps sucé.

marbikx

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