Au fil de l’eau

L’automne touche à sa fin. Les feuilles jonchent la cour et les enfants ont empilé vestes et cartables sous le grand marronnier. Tel un essaim d’abeilles, une ribambelle de fillettes bourdonne dans un coin de la cour. De plus en plus vite, de plus en plus haut, la reine du moment s’élève dans les airs au rythme des claquements de la corde sur le sol.
Dans un coin opposé, un groupe de garçons s’invectivent en riant au moment de former deux équipes prêtes à en découdre. Prendre possession du ballon et l’envoyer se planter dans un filet percé semble de la plus haute importance !
Quittant en dernier sa classe, la tignasse en pagaille, un garçonnet déboule, tête baissée comme un bélier, au beau milieu des deux groupes en compétition.

Bikalo : « Attendez, c’est moi votre gardien !
Freddy : Tire-toi Bikalo, on est complets.
Bikalo : N’importe quoi, y a personne pour votre caisse !
Arnaud : Laisse tomber, tu fous la poisse.
Bikalo : Pas vrai, je joue mieux que toi .
Freddy : Un cacao chez les « Blanco », ça va pas, non ?
Bikalo : Les balles, je les rattrape mieux qu’Arnaud.
Arnaud : Tais-toi, trou de balle, tu laisses tout passer !
Bikalo : J’ai arrêté trois penaltys !
Laurent : Comme ton père, c’est toi qu’il faut arrêter !
Bikalo : Menteur, il n’a rien fait.
Benoît : Casse-toi, piqueur de maillot ! »

Bikalo veut empoigner le dernier qui l’a insulté mais les autres le repoussent. Les racines du vieil arbre le font trébucher. Une volée de coups de pieds achève de le plaquer au sol.

Freddy : « Pauv’ Noiraud, t’es bon qu’à ramper ! »

La troupe lui tourne le dos et se sépare en deux. La balle est mise en jeu et la meute vociférante traverse l’espace en faisant voltiger les feuilles sur son passage.

Bikalo n’insiste pas. Sac au dos, clopinant, il quitte la cour des grimaces.
Sur chaque caillou rencontré, il frappe et l’envoie bouler loin dans le fossé. Les quolibets, il s’y est habitué. Si quelqu’un l’appelle « ouistiti », mimer l’envoi d’une noix de coco suffit pour mettre les rieurs de son côté. Etre exclu du jeu l’énerve plus. Mais ce qui le fait surtout enrager, ce sont les moqueries sur son papa.

Il y a trois ans pourtant, quand ses parents se sont installés au village, tout allait bien.
« Vous apportez un peu de couleur au pays » leur a dit en souriant monsieur le maire. De son côté, l’épicier les a accueillis dans sa boutique en claironnant « Et pour mes nouveaux clients, une salade mixte, bien épicée » ?
Engagé au service propreté, son papa a été apprécié jusqu’à ce vol de bijoux où, parce qu’il était sans papiers, il a été soupçonné, arrêté et aussitôt expulsé. Depuis, sa maman a beau répéter qu’elle a trouvé sa place dans la localité, qu’il ne faut pas juger, que la vérité finira par éclater, Bikalo voit bien que dans les yeux des autres, il a changé. Sauf dans ceux de madame Honorine, la voisine. C’est chez elle que sa maman se réfugie quand un petit coup de cafard vient lui mouiller les paupières.

- « Mieux qu’une voisine, tu vois mon chéri, c’est une amie » !

Pour sa maman, Bikalo pense donc qu’il n’a pas trop à s’inquiéter mais chaque fois qu’une flèche d’argent traverse le ciel, il ne peut s’empêcher de lever le nez et de crier « Papa, tu es là ? » Quand les policiers l’ont embarqué dans cet avion pour l’Afrique, son père lui a en effet dit
« Ne t’en fais pas, muana, bientôt je reviendrai ». Depuis, les nuages n’ont fait que s’accumuler et, en cachette, l’enfant serre les poings et se met à pleurer.

Arrivé chez lui, Bikalo se rend compte que quelque chose d’étrange est en train de se passer. Une camionnette stationne devant sa porte et le lustre du salon est grand allumé.

- « Maman, j’ai faim ! Qui est là ? »

Au lieu des bras tendus pour le soulever et le couvrir de bisous, c’est la main d’Honorine qui le fait s’asseoir là où d’habitude sa maman s’installe pour regarder « Clin d’œil des tropiques » son émission préférée. Le poste est fermé. Deux visiteurs au bord du canapé devisent à voix basse en consultant un porte-document.

« Je veux maman, où elle est ? »
- Écoute, commence Honorine, ta maman est fatiguée, elle a un petit problème de santé, elle m’a demandé…
- Elle est chez toi ? Je vais l’appeler ! » dit Bikalo en se levant d’un bond pour gagner le couloir .
« Inutile » dit l’homme prestement levé pour lui barrer le passage. « Elle s’est blessée en tombant, mais ne crains rien, à la clinique où nous l’avons conduite, on va bien la soigner .
- Menteur, maman s’est cachée, l’hôpital, c’est une prison ! »

C’est alors que la dame inconnue vient prendre Bikalo par les épaules et lui explique doucement que sa maman souffre d’un profond malaise, que ce n’est pas grave, qu’elle doit rester se reposer quelques jours et que plus tard, il pourra la visiter. En attendant, ce n’est pas possible qu’il reste tout seul. Madame Honorine a préparé sa valise et la fourgonnette l’attend pour le conduire à l’internat du village voisin où, par chance, un lit resté libre l’attend.
« Trois semaines, ce n’est pas long. Tu verras, juste le temps de te faire de nouveaux amis » !

Mais Bikalo en pleurs n’écoute plus et il faut la force des deux employés du service social pour l’embarquer et le conduire trente cinq kilomètres plus loin au lieu dit « Le petit paradis ».
La bâtisse a beau se nicher au cœur d’un grand jardin, sa façade s’avérer souriante et l’éducateur avenant, Bikalo y pénètre comme un automate. Ce qui s’est passé ce soir-là ? Aucun souvenir du potage salé, des petits pois qui volent et de la bousculade dans l’escalier. A peine encore en tête les ronflements du garçon qui l’ont fait rêver qu’il prenait l’avion pour chercher son papa. Par contre, son réveil le lendemain, jamais il ne pourra l’oublier. Près des lavabos alignés, 12 garçons achevaient de se débarbouiller quand Bikalo a retiré sa veste de pyjama. Le brouhaha soudain s’est arrêté puis le plus grand des gaillards a crié :
« Hé, clochard, le savon, tu sais ce que c’est ? »

Comme Bikalo a continué calmement à se laver, un autre a dit :
« Mais t’es toujours tout brun de terre » !
Un petit gros alors a crié :
« Venez, on va l’aider »

Aussitôt, la bande l’a entouré avec des gobelets et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le garçon s’est retrouvé trempé de la tête aux pieds. Heureusement, la sonnerie du petit déjeuner a retenti et les aspergeurs ont disparu en riant .
C’est alors que Bikalo s’est dit « Pas question de rester ici » .

Apercevant un sac à dos sous le lit de son voisin, il s’en saisit, prestement le remplit de quelques habits, puis enfilant sa veste à capuchon, par l’escalier de secours rejoint l’arrière de la cour. Vif comme un furet, il a vite fait de gagner la grille. Elle est fermée, alors s’agripper aux branches d’un noisetier ne prend qu’un instant et c’est d’un bond qu’il atterrit sur le trottoir juste en face du panneau de verre de l’établissement. Le petit fugitif saisit un pavé et, dans un bruit d’enfer, fait éclater le mot « paradis » avant de prendre ses jambes à son cou.

Comme l’internat se trouve sur les hauteurs à l’extrémité de la bourgade, l’enfant s’empresse de dévaler le coteau et après avoir traversé trois prairies, chapardé un pain à la porte d’une ferme isolée, il pénètre avec soulagement dans le bois bordant la vallée. Il était temps car, le soleil s’est levé et notre bonhomme est en sueur . Exténué, il s’affale sous le premier bosquet venu.

Les mouches tourbillonnent autour de sa tête et une kyrielle de questions l’assaillent.
« La sirène au loin, ce serait déjà la police ?
- Que faire pour me cacher ?
- Si papa était là, il m’apprendrait à construire un abri ? »

L’idée de la cabane lui rend courage. Armé d’un bâton, le jeune explorateur s’enfonce alors dans la forêt profonde. Les ronces lui griffent bras et mollets, mais il continue de se frayer un chemin.
À midi, il a progressé d’une dizaine de kilomètres et ce n’est qu’en arrivant au bord d’un cours d’eau sinueux qu’il ose s’arrêter. Il est perdu mais dans ce coin sauvage, il respire enfin. Ici personne ne viendra le chercher. Après avoir englouti un morceau du pain volé, la fatigue aidant, le gamin s’endort sur un amas de fougères, au milieu des bras de la rivière. Combien de temps a-t-il dormi ? Personne ne le sait. Mais quand, en sursaut, il rouvre les yeux, le ciel s’est couvert.

« Maman, qu’est-ce que t’as dit » ?
Confondant le clapotis de l’eau avec la voix chantante de sa maman, il a cru l’entendre murmurer
« Mon petit, sois gentil, viens me …
- Maman ? »

Bikalo se frotte les yeux, mais il ne voit que les feuilles s’agiter. Il est grand temps de fabriquer sa hutte pour la nuit ! Regagnant le rivage, entre les troncs de quatre sapins, il se met aussitôt à dresser les branches qui jonchent le sol à proximité. La tâche est ardue. Sans liens, il faut chercher de gros galets le long de la berge. Stabiliser la fragile palissade prend du temps. Malgré des doigts écorchés, il bricole encore un toit de feuilles et arrache des plaques de mousse pour tapisser le fond de sa tanière. Inquiet par le filet de brume qui monte de la surface des eaux, notre Robinson s’empresse de se réfugier dans son abri. Grignoter des boulettes de pain sec l’occupe un moment. Le silence est pesant. Un hurlement lointain le fait sursauter. Vite, camoufler l’entrée de son refuge et ne plus bouger ! Si au moins la lune daignait éclairer tout ce noir qui l’enserre progressivement ! Comme une masse, soudain, Bikalo s’écroule de sommeil.

Cette nuit, il n’entend rien. Ni le hululement de la chevêche à la cime des arbres, ni le cri d’une musaraigne croquée par un renard. Mais à l’aube, le tonnerre et un craquement sinistre le réveillent en sursaut. La foudre est tombée à cent pas de là. Un géant de la forêt s’est brisé d’un seul coup et un tronc énorme a tout écrasé dans sa chute en faisant voler poussières, feuilles et brindilles. Terrorisé, Bikalo se roule en boule dans sa cahute qui par miracle a été épargnée. Secoué de sanglots, il ne se rend pas compte qu’après le grand vacarme, la nature se tait.

« Iiiii….iiiii… »
Quelques minutes plus tard, c’est un drôle de cri répétitif qui sort Bikalo de sa torpeur.
« Qui est là ? » demande-t-il en se relevant prudemment.
« Hé , ho…y a quelqu’un ? »
Le bruit s’arrête…puis reprend de plus belle. Malgré sa peur, il fait quelques pas vers l’endroit d’où semble provenir l’appel. Une forte odeur de brûlé le pique au nez là où l’éclair a fait exploser le vieux tronc.

« Iiiiiiiii… »
Sous une branche tordue s’agite quelque chose de roux. A mesure que Bikalo s’approche, la plainte faiblit et le panache qui se dressait comme un fier drapeau soudain disparaît. Dégageant les feuilles qui le cachent, l’enfant découvre avec stupeur un petit animal. Deux yeux noirs le regardent fixement. Qui a le plus peur ? Après un moment d’hésitation, Bikalo se décide à enlever le lourd éclat de bois qui retient la bête prisonnière. Elle s’agite, frétille, tente de fuir mais ne fait que chuter et finit par s’immobiliser. D’un regard effaré, Bikalo aperçoit à trois enjambées deux formes aplaties sous le tronc principal. Pour les parents, hélas, tout est fini !

« N’aie pas peur, petit roux, je vais t’aider »
Saisissant délicatement la boule de poils, Bikalo la caresse et la ramène vers sa cachette.
« C’est pas grave, je vais te soigner »
S’activant, l’enfant saisit son mouchoir pour en faire un pansement. Mais le petit écureuil pousse un cri, dresse ses poils et se redresse d’un bond.
« Tu sais, avec la fumée, je croyais voir un feu follet ! »
Le drôle d’animal se tape la tempe comme pour dire :
- « Ça ne va pas la tête ! »

Bikalo rit et lui tend des miettes de pain que l’écureuil goûte et crache aussitôt avec un air de dégoût. Trépignant sur place, il tend la patte vers les branches basses d’un jeune chêne.

« Hé, ho, dis donc Follet, c’est quoi ce cirque ? ».
Ayant sauté sur le dos puis sur la tête de son nouveau compagnon, Follet l’a obligé à se rapprocher des glands pour les croquer à pleines dents.
« Arrête, petit gourmand, mes poches vont craquer ! »
L’après-midi, les deux compères le passent à s’apprivoiser et à l’heure du goûter, les voilà qui remontent la rivière à contre-courant.

Pour se donner du courage, Bikalo chante maintenant
« Cinq kilomètres à pied, ça use, ça use… »
puis avec le temps
« Huit kilomètres à pied, ça creuse , ça creuse … »
et au neuvième kilomètre, apercevant une imposante demeure isolée, au lieu de la fuir, décide de s’en approcher discrètement. La bâtisse a des allures de riche manoir et comme le ventre de Bikalo commande, il s’entend dire à mi-voix :
« Wouahw ! Leur frigo doit être plein à craquer » !
Répondant à l’air affamé de son ami, Follet se frotte la panse pour montrer que, lui aussi, voudrait bien manger !
« Pour forcer la serrure, une grosse pierre devrait faire l’affaire ».
Bikalo marche de long en large, le nez pointé vers le sol tandis que l’écureuil se gratte la tête comme pour dire
« T’es fou, pas de cailloux par ici !
- Allons, Follet, il faut bien un moyen pour rentrer » !
Vif comme l’éclair, Follet quitte alors le tapis de mousse, se faufile vers une gouttière et se met à l’escalader.
« Tu crois que la lucarne est ouverte ? Fais attention, le vent s’est levé ! ».
Effectivement, arrivé sur le toit, poils retroussés, affolé, l’éclaireur appelle au secours. Trop tard ! Une rafale de vent transforme l’écureuil en toupie. Elle roule, tourbillonne et s’envole au bout de la corniche d’où elle finit par chuter. Heureusement, une branche de cyprès amortit le choc. Comme si cela ne suffisait pas, la ligne à haute tension qui surplombe la maison s’agite tant et tant qu’un câble se décroche et frappe la cheminée de plein fouet. Une gerbe d’étincelles lèche aussitôt les châssis en bois.

« Follet, faut pas rester ici, cette bicoque est maudite ! »
Pour lui donner raison, une forte odeur de brûlé emplit alors l’espace. Pris de panique, les deux compères s’empressent de tourner les talons pour se mettre à l’abri. Au moment d’atteindre l’orée du bois, le sauvageon ne peut s’empêcher de se retourner. Pétrifié, sous le ciel rougeoyant, il croit apercevoir un fantôme qui s’agite derrière une fenêtre. On dirait un moustique qui tente de s’échapper de sa toile d’araignée. Est-il en train de rêver ?

« Attends-moi, je veux en avoir le cœur net » !
Oubliant sa peur, Bikalo court vers la maison dont la toiture n’est plus qu’une torchère. Une petite forme blanche frappe sur les carreaux mais les craquements de l’incendie couvrent ses cris.
Toutes les portes hélas sont verrouillées. Désemparé, le garçon contourne la villa et de la cour ramène une chaise en bois. Il la saisit, la lance sur la porte vitrée. Elle rebondit, se brise mais laisse le verre intact. Par ses cris, Follet attire son ami de l’autre côté où traîne un mât de parasol. Traîner le tube métallique vers l’entrée, le soulever et, de toutes ses forces, frapper la paroi vitrée, c’est un exploit. Trois fois sans succès mais à la quatrième, le projectile fait son effet et traverse le vitrage qui se brise avec fracas. La fumée a envahi le lieu et quand Bikalo rejoint la forme aperçue, c’est une fillette en larmes, toussant et vacillant qu’il saisit par la main et entraîne à l’air libre.

Arrivé à la rivière, il asperge le visage noirci de l’enfant pour lui faire reprendre ses esprits.
« Ne pleure plus, c’est fini, tu t’en es bien sortie »
Muette, elle regarde avec effroi les flammes sortir des fenêtres
« Moi c’est Bikalo et lui Follet. Et toi ?
- Miette
- Tu as faim, c’est ça ?
- On m’appelle Miette
- Miette ? Miette, tu es sûre ? Tu veux encore de l’eau ?
- Pour toi, tu es blessé.
- Ne t’en fais pas, Princesse, Follet veille sur moi !
- Princesse, ça n’existe pas !
- Qui t’a laissée seule ?
- Qui t’a permis d’entrer sans sonner ? »
Au jeu des questions, chacun veut gagner. Pressée de s’expliquer, Miette finit par murmurer
« Tante Hortense…Elle me garde quand papa n’est pas là.
- Où il est ton papa ?
- À Kinshasa. Il va revenir avec un film.
- Avec ta maman ? »
Miette observe le ciel en silence.
« Pourquoi Hortense n’est pas là » ?
Sur le souffle, la petite laisse entendre que sa tante travaille beaucoup. Sévère ou peureuse ? Quand elle doit s’absenter, sa filleule est enfermée.

« Elle croit toujours aux loups ?
- Le loup, ce n’est pas toi ? Tu fais quoi dans les bois ?
- Le loup, c’est peut-être elle ? Tu fais quoi dans sa maison ? »
Comme Miette se tait, le garçon croit bon de dire sa maman malade, son papa chassé, l’horreur du pensionnat, la fuite pour exister.

« Je ne veux pas voler, seulement manger.
- u m’as sauvé, plus besoin de te cacher !
- Si, pour retrouver papa ».

À ce moment retentissent les sirènes des pompiers. Trop tard, le feu a fait des ravages ! Il ne reste plus grand chose à sauver. Quand les secouristes accourent vers les enfants, effrayé, Bikalo a le réflexe de s’enfuir mais la petite le retient. Main dans la main, ils gagnent l’ambulance pour recevoir les premiers soins. En dernière minute, paniqué, Follet se glisse dans la poche de son compagnon blessé. Vient ensuite l’interrogatoire de la police. Bikalo reste obstinément muet. A l’arrivée de la tante très en colère, Bikalo devient encore plus suspect. C’est au tour de Miette de le sauver. Elle raconte tout en détail. Quand la police la met en communication avec son papa, elle sourit en apprenant son retour le lendemain.
« Papa, j’ai un ami. On peut l’inviter ? »
Trop heureux de rompre la solitude de sa fille unique, il obtient des policiers l’autorisation de l’héberger. La vie de Bikalo va pouvoir s’éclaircir petit à petit, surtout quand Miette lui dit
« Pourquoi tu ne racontes pas à papa ce qui est arrivé à ton père ?
- Pourquoi on t’appelle Miette ?
- Plus tard, peut-être je te dirai ».
Bikalo apprend ainsi qu’avec les filles il faut être patient et qu’un père journaliste peut contribuer à rétablir la vérité.

* * *

Comme l’eau, le temps a filé. Après trois mois d’enquête, le journaliste a retrouvé la trace de Dieudonné, le papa de Bikalo retenu à Kinshasa. Alertée, la police au village a enfin mis la main sur le vrai coupable du vol, l’épicier qui aimait tant se moquer des nouveaux arrivants !
Mais en attendant le retour de Dieudonné, la saison d’hiver est venue. Grâce à l’intervention du père de Miette, Bikalo a pu vivre bien au chaud dans son appartement en fréquentant l’école de Miette située près de la télévision. C’est au printemps que bien d’autres choses ont continué à changer. Vous le croirez ou pas, Bikalo est revenu dans son école de village et pendant la récréation, on entend maintenant souvent
« Vas-y, Bikalo, qui tu choisis » ?

C’est lui qu’on appelle pour former les équipes tandis que son amie s’éclate à sauter à la corde avec ses nouvelles copines. Ici, personne ne connaît Miette car tout le monde l’appelle Marie-Juliette, son vrai prénom. La petite Miette si taiseuse a donc changé de vie, d’école et de caractère. Depuis qu’elle ne doit plus obéir à tante Hortense, elle ne s’empêche plus de rire et de parler à tous vents ! Même si son papa est reparti filmer au Congo, elle est heureuse de vivre en semaine chez les parents de son nouvel ami. Disculpé, Dieudonné est en effet revenu au village au grand soulagement de son épouse qui a retrouvé tout son plaisir de vivre.
Alors quand le père de Marie-Juliette est venu leur dire
« Ma petite a tellement changé depuis qu’elle a rencontré votre fils », spontanément ils lui ont répondu
« Pourquoi elle ne resterait pas chez nous quand vous repartirez en mission ? »
et c’est ainsi qu’ils accueillent la petite fille chaque fois que son papa est obligé de voyager.

Comme tous leurs voisins, la famille élargie a évidemment regardé la dernière émission de « Clin d’œil des Tropiques ». Ce reportage sur les mésaventures de Dieudonné et Bikalo a eu beaucoup d’audience et a remis les pendules à l’heure au village. Depuis, devenu conteur-jardinier à l’école de son fils, Dieudonné est une référence pour les enfants car à son initiative, chacun d’eux s’occupe d’une parcelle du jardin potager qu’il a créé. Devenus responsables des légumes dégustés à leur cantine, ils sont aussi très fiers du bananier qu’ils font pousser dans une serre spécialement aménagée à l’abri des ballons ! Dieudonné conseille même les parents qui n’hésitent pas à lui confier leurs petits soucis. Bikalo quant à lui est revenu ce jour très excité à la maison en claironnant
« J’ai obtenu la plus belle note pour ma rédaction » !
Est-ce étonnant ? Avec talent, il y explique pourquoi plus tard il voudrait devenir un nouveau Tintin. Son institutrice lui a dit :
« Très bien, Bikalo, ton idée de partir en équipe : Marie-Juliette filmera tes reportages !
- Sans oublier Follet, notre porte-bonheur !
- Tu as raison, comme Milou, il vous protègera » !
En attendant, Follet a élu domicile dans le grand marronnier où il est devenu la mascotte de l’école. « Follet, c’est la journée nature » !
Petit roux rejoint aussitôt le sol car il adore guider les enfants dans la forêt. La retrouver pour mieux la faire connaître et respecter, c’est son plus grand plaisir. Lors de ces classes de découverte, savez-vous ce qu’il préfère ? Bien sûr, vous l’aurez deviné, c’est mener les enfants jusqu’à la rivière, là où au fil de l’eau, chacune et chacun est capable de changer le cours de sa vie en commençant une belle aventure !

Jean-Marie Dubetz

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