Frédérique Bouras

Au saut du lit…

Aimez-vous votre lit ? Qu’est-ce qu’un bon lit ? Votre lit est-il ferme, souple, moëlleux ? Le prenez-vous avec un ciel, dans une chambre douillette sous les combles ou l’installez-vous à la dure, sur un tas d’herbes sèches et odorantes ?

Votre lit est-il récent ou ancien ? Quel âge a votre lit ? Préférez-vous un lit simple ou un lit double ? Que pensez-vous des lits pliants ? Quelle place accordez-vous à votre lit ? Quelle place accordez-vous au lit dans votre vie ? Votre vie tourne-t-elle autour du lit ?

Aimez-vous y passer du temps ? Combien de temps y passez-vous ? Aimez-vous y dormir ? Y dormez-vous bien ? Aimez-vous partager votre lit ?

Aimez-vous lire dans votre lit ? Quel est le dernier roman que vous avez lu dans votre lit ? Aimez-vous écrire dans votre lit ?? Quel est le dernier poème que vous avez écrit dans votre lit ?

Aimez-vous jouer dans votre lit ? Quel est votre jeu préféré ? Préférez-vous jouer sous les couvertures ou sous l’édredon ?

***

« Il est six heures trente. A ceux qui viennent de nous rejoindre, bonjour. Aujourd’hui, après la dissipation des brumes matinales, le temps sera sec et ensoleillé. Les températures seront supérieures aux moyennes saisonnières, pour atteindre 20 ° l’après-midi dans le centre du pays ».

Je me retourne sous ma couette bien chaude, cherchant à nouveau le sommeil, qui me prend dans ses bras et m’emmène avec lui. Il est doux, il est fort, il est réconfortant ; il est revigorant. Maintenant qu’il m’a reposée, il me pousse hors du lit. Combien de temps sommes-nous partis ? Pas longtemps : mon réveil indique 6 h55. Alors j’ouvre les yeux et j’aperçois, dans le jardin, le Jour aux doigts de rose. Ils vont bien ensemble, Morphée et Aurore. Ils s’en vont main dans la main, me laissant seule sur le seuil.

Après une tasse de café noir et sucré, qui se souvient de voyages lointains, je me glisse sous ma douche. Je fais couler l’eau d’abord en jet tiède et modéré, pour faire connaissance. Progressivement, je la sollicite plus forte, plus chaude, plus drue. De fillette menue, l’eau se transforme en jouvencelle ; elle court, elle sautille, elle gambade, elle jubile. Lorsque lasse, elle se roule dans l’herbe pour se reposer, elle se réveille comme un homme dans toute sa vigueur. L’eau tombe maintenant froide et battante, fouettant mon corps avec verdeur. Enfin, je me réveille, je prends conscience de mes orteils, je sens mes pieds, mes chevilles, mes mollets, mes genoux, mes cuisses, mon sexe, mon ventre, mes seins, mes épaules, mon dos, mes fesses, je reviens sur ma nuque, je plonge le visage, la tête sous l’eau. Me voilà réparée, recomposée, réunifiée.

Suzanne sort de la douche, commence à se frotter les épaules, les reins, dans sa grande serviette. Max entre dans la salle de bain et entreprend de retirer sa robe de chambre pour passer à son tour derrière le rideau de la douche. Il voit des gouttes d’eau qui dégoulinent entre ses seins, son ventre qui perle, ses cheveux humides qui frisottent. Elle a le regard embué de ceux qui n’ont pas encore atterri de pied ferme dans la journée.

Il la regarde, menue, innocente, à moitié humide, déjà femme ou encore sirène, en train de se sécher les cheveux. Le désir d’elle le prend.

« - Es-tu pressée ce matin ?

Suzanne relève la tête, l’air étonné.

« -Non, comme je te l’ai dit hier soir, rien de spécial. Pourquoi ? »

Pour toute réponse, il ouvre la serviette et dépose un baiser léger sur les cheveux, le front, la joue, les lèvres ; il descend vers la pointe des seins, s’arrête au nombril, puis enserre ses reins dans sa serviette :

« parce que j’ai envie de commencer la journée en te donnant du plaisir ».

Suzanne sourit. Elle ouvre le robinet, arrondit la paume sous l’eau, s’en asperge, promesse fraîche au creux de ses reins.

Frédérique Bouras

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