Valérie Carbonnelle

Désir

Je voudrais
Voler sur la plage
Courir dans les nuages
Bruisser parmi les libellules
Me coucher sur des galets
Chauds

J’aimerais
Marcher aux cimes des arbres
Avaler le vent
Ouvrir les bras à la lune
M’endormir dans des plumes
Chaudes

Je voudrais
Mes pieds dans le sable
Mes cheveux dans l’eau
Mes yeux dans un livre
Mon corps dans tes mains
Chaudes

J’aimerais
Fermer les paupières
Ouvrir les lèvres
Souffler sur ta peau
Et retenir tes caresses
Chaudes


Galet

Galet posé sur la clavicule
Macaron minuscule
Soyeux
Bombé
Grain de riz mulâtre
Goutte
Gravée dans la rizière
De la gorge

Au détour d’un col
Ou d’un sourire
Une brise sucrée
Souffle
Sur l’îlot chocolat

Sculpté dans le derme
Le caillou
Gourmand
Poli par les doigts
Et par le temps
Gravite
Dans le lait


Haikus

Nuit violette
Lune
Dans une vapeur de lait

Feuille rousse vole
Non
C’est un écureuil

Été
Huit dents de lait
Dans la tomate verte

Soir
Une chouette
Me dévisage


L’ombre

Des secrets plein les poches
L’ombre
Est un clown qui rit
Comme un grelot d’enfant
Bleue
Elle est vibrante
Comme un ciel
D’où il ne pleut pas

L’ombre enfile sa veste
Et folle
Court à travers arbres
Les jours de grand vent

Tremblante
Gelée de fruits
L’ombre est timide
Comme un mulot
Flaque
Translucide
Un poisson rouge y nage parfois
Amusé
Molécule

Une simple molécule
Flotte
Ronde et plate
Au creux de la roche
Quelques cellules
Sombres
S’assemblent
Par le hasard des choses
Un magma
Lové entre deux algues
Glisse
Auprès de feuilles mortes
Qui a déposé là
Ces gouttes
Un rongeur, un rat ?
Qu’est-ce ?
L’excrément d’une brebis
La décomposition d’une plume
La bave infectée d’un renard
Ces quelques bacilles
Ces tristes bactéries
Tapies au fond de l’eau ?
Grince la corde du puits
Clapote le fond du seau
Roule le liquide
Dans le tonneau
Les cruches
Ne sont pas encore
Sur les tables
Du pensionnat


Solaire

Il n’y a rien
Pas de regard
Pas de présence
Pas de respiration
Autre que celle qui soulève mes seins

Il n’y a personne
Pas un souffle
Pas une ombre
Seuls quelques insectes
Quelques pattes sèches qui craquent
Quelques langues rugueuses
Sur des cailloux brûlants

Il n’y a rien
Que ma peau
L’entrave du tissu dans mon dos

Seule une irradiation
Jaune
Sous mes paupières
Une palpitation
Intense, cruelle
Un flot de miel solaire
Déversé
Sur le velours
De mon jardin

Valérie Carbonnelle

Recevoir notre Newsletter

Debout les mots !

ImagiMots !