Isabelle Luttringer

Arc en ciel

J’aime les couleurs
d’un arc dressé au ciel
je les enfile toutes
le blanc, si si le blanc
impassible mais présent
et le jaune si bon
qui m’étreint tendrement
l’orange alors se montre
souhaitant se présenter
mais le rouge bondit
impétueux et franc
il m’entoure, me cajole
et soudain s’absentant
laisse la place au vert
qui naissant me raconte
combien les pousses frêles
peinent à sortir des graines
j’aime le bleu aussi
plus gaie qui cabriole
au ciel teinté de pluie
arrosant mon visage
le violet plus profond
me hisse jusqu’à lui
susurrant doucement
l’invisible présence
la lumière est si belle
elle me pousse vers Lui.

Ode à ses pieds

Toujours habillés, ses pieds, semblables à ceux d’un nouveau-né. Touchent-ils seulement le sol, ses trésors qu’aucune usure ne marque, coussins ronds, tendres et doux par un arc tendu. Et dessous, quelques plissures légères sur la voûte posée, tel des rides précoces sur une peau de bébé. Il ne dévoile qu’à moi ces jumeaux admirables, retirant rarement de ses pieds, ses soieries. Mais parfois, tel une geisha m’accordant privilège ou plus encore une Chinoise dénouant des bandes infinies, il propose à ma vue ces jouvenceaux précieux. D’un délicat touché, je les salue alors et leur raconte, leur raconte tous les pas qu’on ne leur dévoile pas. La rudesse des pierres et la tendresse des mousses, le sable crissant des plages et la boue attachante… Ils implorent alors de pouvoir être nus et de faire mille pas dans l’herbe et la rosée. Interrompant l’échange, leur maître, d’un coup sec et brutal les soustrait à ma vue. Séparés à nouveau et bien que protégés, je sais à présent leur prison de souliers.

Isabelle Luttringer

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