Arielle Nuchowicz

Eloge
6 novembre 2013

Parfois
elle se pose au milieu du visage,
elle se veut sans prétention
oubliée ici ou là-bas,
perdue hier, et encore tout à l’heure,
elle fait celle qui ne compte pas…
Pourtant elle sait,
elle sait pertinemment que je la recherche,
frénétiquement.
Car sans elle,
sans elle
comment accéder encore à
l’univers indispensable des mots couchés.

Mes lunettes

Il fait nuit
6 novembre 2013

La nuit épaisse, dense, totale
sans repère, sans limite.
Je marche pieds nus,
le chemin est plat, lisse, poli presque
il caresse mes pieds, il est doux.
Dans cette nuit sans Nord
je suis perdue, je ne sais pas où je commence, où elle commence
ma peau est dissoute dans cet immense sombre.
L’air est tendre, il semble chantant.
Je suis perdue …
ai-je mains, des bras … je les bouge, … je ne sais pas
ai-je un corps … je sais qu’il avance, … il est part de l’opaque
ai-je un visage, un sourire, un regard,… gommés dans l’ombre.
J’avance plus vite.
juste l’air chantant
le velours du chemin.
Je cours … j’envahis la nuit, je ne suis plus que son pouls.
Je ne suis plus rien …
que mes plantes de pieds, caressées encore et encore.

Le chat

C’est un petit chat, une chatonne en vérité,
elle a la couleur du sable,
pas seulement,
elle mélange dans son poil noir, blanc, doré…
elle est nouvelle,
elle joue, avec les fils du rideau, avec les rais de lumière,
à son insu elle tisse,
elle saute, détale, se retourne, pique un sprint, se surprends dans le brusque de son élan, ...
elle tisse avec le soleil une étoffe de fils et d’or, à grands coups de pattes,
elle me regarde, ses yeux couleur désert piquetés de jour, toute candeur, exigence, abandon
elle tisse,
elle transforme,
un voile, léger et vaporeux s’est déposé sur les objets, tout irradie
elle ramène … la vie

Le sein de ma fille
23 octobre 2013

Il est presque tout neuf, … pas tout à fait, … il a quelques années déjà, … mais il est encore jeune.
Il s’est fait petit à petit, et pourtant vite finalement, en quelques mois.
Quand j’ai eu l’occasion de le voir, de le voir vraiment, il était nu, et c’est nu qu’il m’intrigue, non il ne m’intrigue pas, en vérité il m’intéresse. Il n’est pas donné à tout le monde de le voir nu, contrairement à une chevelure, une joue, une main, un regard, … il se garde pour certains et à certains moments … et là j’ignore ce qu’il devient, j’ignore comment il se comporte, ou comment on le traite.
Étrangement il n’a pas la même forme que le mien ou que celui des femmes de ma lignée … c’est ça je crois qui me touche, me perturbe presque … qu’il soit différent, autre. Son volume, il n’est pas gros, bien implanté au milieu du torse, il prend ses aises, s’est installé sur une belle base, pleinement arrondi, symétrique et écarté de sa sœur d’une distance raisonnable, il parait un peu fier, le nez en l’air.
Léger et mouvant, il vit, il frémit avec les gestes de la douche. Clair, laiteux, il doit être doux à toucher, moelleux sûrement.
C’est sa forme de fruit pas mûr encore, peut être ne le sera-t-il jamais, qui lui donne cet air fier.
Il se tient debout tout seul, sans béquille ni baleine.
Depuis lui, elle s’est éloignée, ça s’est fait doucement, au fil des ans.
Aurai-je encore l’occasion de le surprendre au détour d’une baignade, dans la salle de bain d’une maison de vacances ?
Aurai-je la joie, un jour d’enfantement, de le découvrir muté, grossi, gonflé, chargé de la substance vitale … celle qui perpétue l’amour, et ensoleille la vie ?

Liste de célébration
23 octobre 2013

J’aime ce ton chanté quand tu donnes les consignes
Relire Sagan qui me donne envie de plaisir
Le doux mouillé des petites averses de début d’automne
La vivacité folle de cette chatte heureuse
Ce silence prometteur d’univers divers
Les jours ensoleillés gagnés sur le noir inexorable
Lire les mots qui font pleurer
Ta coupe de cheveu d’où émerge ce sourire fondant
L’odeur de ses pattes après sa fugue quotidienne

Arielle Nuchowicz

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