Dossier n°1829 - Lettre du 7 Juillet 1967

Au début son visage n’apparaît pas clairement. Une succession d’arêtes vives laissent saillir deux pommettes haut perchées. Un nez fin, long. Une bouche voluptueuse. D’une oreille attentive, il écoute non comme l’ami mais comme l’ogre, observant le bruit de ses propres pas, pour en assourdir le craquement et la brisure.
Sa souffrance initiale, cette croyance fondatrice de n’avoir eu de mère aimante, fait de lui un esprit tortueux capable de pénétrer chaque partie d’un corps meurtri. Fouille méticuleuse et organisée des êtres sensibles et blessés.
Sept miroirs se reflètent l’un dans l’autre. Du vide les séparent. Un abîme, que l’on confond trop souvent avec une certaine profondeur.
Si elle le regarde en souriant délicatement, c’est qu’il en a déjà trop dit.
Il l’invite à rentrer dans la danse. C’est ce pas de côté qui la fait basculer.
Il tend la main puis la lâche. Il tend la main. Elle tombe et se fracasse.
Petit biscuit dentelé à moitié dévoré.
Dans sa tête la ronde de nuit s’ébranle une seconde fois et il guette.
Celle qui maintenant accepte la main tendue est assise tout au bord de la méridienne. Elle aussi sourit.
Peut-être un peu plus timorée ou plus dans la retenue. Isolée. On la devine moins apte à décider de sa propre valeur.
Il la jauge.
Et, tandis que son corps s’avance vers elle sans tendresse, son regard déjà la quitte et divague.
Une quête sans queue ni tête.
Un mouvement qui s’éteint dans l’isolement.

Elise
7 juillet 1967

Christelle Lauvaux

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