Autour de l’Installation murale 2013 sans titre, de Cathy Alvarez

Jour après jour, elle brode ses rêves.
Elle le rêve plutôt grand et mince, tendre, honnête, drôle, avec un penchant pour la musique.

Jour après jour, il marche, les lèvres cousues. Il franchit une frontière.
Loin derrière lui, la guerre.

Au premier regard, elle brode une fleur rouge. Même la lune est rouge.
Il ressent une chaleur.
Il retrouve le geste de se raser de près.

Jour après jour, avec patience et douceur, elle délivre les lèvres cousues.
Elle brode les paroles d’une valse.
Ses doigts à lui effleurent les boutons d’un accordéon.

Ce fut un beau mariage.

Souvent, elle glisse un poème brodé dans la poche du jeans de son bien-aimé.
Elle rêve d’un enfant.
Lui pas.
Pourquoi ?
La cigogne bleue va et vient dans la neige, à petits pas mesurés.
Un jour, elle s’envole.

Blanc sur blanc, l’épouse brode un doigt implorant.
Lui se tait.

Le miroir reflète des visages fatigués.
Derrière les tentures de soie bleue, une chape de silence.

Jour après jour, des larmes perlent sur les broderies.

Jour après jour, adossé au hêtre pourpre, rivé à son accordéon, il joue ses cauchemars. D’abord doucement.

Il retrouve le chemin des rêves.

Elle brode l’espoir.

Un jour, il vient vers elle, une pelote bleue dans une main, une rose dans l’autre.
Il lui dit : Choisis.

Elle le regarde comme la première fois.

Mireille Moureau

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