L’accord parfait (titre provisoire) Court métrage

À cinquante ans, un chirurgien esthétique au sommet de sa carrière, après un entretien avec une petite fille surdouée, prend conscience que l’activité qu’il exerce et l’existence bourgeoise qu’il mène ne correspond pas du tout à ce qu’il est et à ce qu’il a toujours rêvé de faire : exercer la médecine pour les plus démunis en Afrique. Il va alors tout quitter pour se lancer corps et âme vers sa destinée.

Une illumination soudaine semble parfois faire bifurquer une destinée, mais l’illumination n’est qu’une vision soudaine, par l’esprit, d’une route lentement préparée

Antoine de Saint-Exupery.

Synopsis
Qu’est-ce que le bonheur parfait,
Sinon l’accord parfait entre un homme et l’existence qu’il mène
(Albert Camus)

Quelque part, dans le désert africain, un groupe de touristes en randonnée chamelière découvre en bord de piste une Land-Rover blanche, portant l’insigne de la croix rouge, à moitié ensevelie sous le sable accumulé par les vents. Au volant, un homme très pâle, la soixantaine, avec une barbe de dix jours, semble dormir paisiblement. L’homme est mort. Sur le siège à côte de lui une trousse de médecin est restée ouverte.

Pierre (50) est chirurgien et reçoit ses patients dans la petite clinique privée de son beau frère, le professeur Paul Lorfevre. La clinique, située à Bruxelles dans un quartier bourgeois, est spécialisée dans la chirurgie esthétique. Pierre termine une consultation avec une patiente qui le remercie pour les prodiges réalisés pour amincir son nez. Elle lui fait remarquer qu’il a l’air fatigué et qu’il ne devrait pas se laisser dévorer par son boulot, qu’il doit aussi penser à lui. Pierre sort avec elle de son cabinet et la raccompagne jusqu’à la sortie en l’aidant à enfiler son manteau au col de fourrure. Il croise alors Paul, qui lui annonce qu’enfin il a pu acheter le voilier dont il rêvait et que Béatrice et lui seront bien entendu ses premiers invités à bord l’été prochain.
Pierre retourne dans son cabinet. Il se sert un verre d’eau et prend une pilule dans un petit flacon qu’il remet ensuite précieusement dans sa trousse de médecin. Aux murs de son cabinet sont accrochées de superbes photos du désert et de petits villages africains. Pierre fait entrer les patientes suivantes : Une dame et une petite fille de huit ans. La dame explique que sa fille, Marie s’intègre mal dans sa classe parce qu’elle est complexée par ses oreilles décollées. Pierre demande à pouvoir parler seul avec Marie, voulant être certain que c’est bien la source de ses problèmes d’intégration. La mère refuse, argumentant qu’elle est sa mère et qu’elle sait bien ce qu’il faut faire pour sa fille, mais finit par accepter quand Pierre lui explique que c’est la procédure habituelle dans cette clinique.
Pierre commence à interroger Marie à propos de ses rapports avec les autres enfants. Marie raconte qu’elle n’aime pas jouer avec les autres enfants de son âge, qu’elle préfère rester seule, à lire, qu’elle savait déjà lire avant d’entrer en première année primaire. Elle trouve les autres enfants inintéressants, préfère la compagnie des adultes et trouve souvent refuge dans les livres où elle se recrée un monde à elle. Mais bientôt, avec une naïve impertinence, c’est Marie qui commence à poser des questions à propos des photos exposées dans les cadres au mur, en particulier celle de Pierre, encore jeune, posant devant une tente de la croix rouge au milieu du désert. Pierre lui dit que cette photo date de ses débuts, comme médecin, dans les régions défavorisées d’Afrique : Il avait choisi cette mission humanitaire plutôt que le service militaire. Après un petit moment de silence, Marie dit à Pierre que sur le mur dans la cour de récréation de son école, il est écrit : « Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve ». La petite fille dit qu’on lui dit tout le temps qu’elle doit arrêter de rêver, qu’elle doit redescendre sur terre. Pierre regarde pensivement la petite fille, puis tourne les yeux vers la photo, songeur.
Pierre marche seul, perdu dans ses pensées, dans la rue commerçante qui s’est mise à l’heure des fêtes de fin d’année, à contre courant d’une foule de gens qui se presse, qui téléphone ou écoute de la musique, un casque sur les oreilles.
Pierre est face à son médecin qui vient de recevoir du labo le résultat de ses dernières analyses. Les résultats sont mauvais, et le médecin conseille à Pierre de lever le pied, de prendre quelques semaines de repos, de prendre du recul. Et surtout, il recommande à Pierre de suivre scrupuleusement le traitement qu’il lui a prescrit.
Pierre est dans le métro. Un accordéoniste, après avoir massacré un air connu, parcourt le wagon pour faire la quête parmi les passagers complètements indifférents. Seul Pierre semble le voir et lui donne une pièce.
Pierre rentre chez lui. Constatant qu’il est trempé à cause de la pluie glaciale qui tombe depuis le matin, Béatrice, sa femme lui demande pourquoi il ne prend pas sa BMW. Sans attendre sa réponse, elle commence à lui raconter sa journée épuisante à courir dans les magasins bondés pour trouver une robe pour les réveillons. Elle lui fait part de son intention d’acheter une nouvelle voiture, un cabriolet, comme celui de sa belle sœur. Constatant que Pierre ne l’écoute pas, elle lui en fait le reproche, et lui demande ce qui ne va pas depuis quelques temps. Pierre commence alors à raconter son entrevue avec la petite Marie…
A la fin du dîner, Béatrice demande à Pierre s’il se rend compte de l’impact que sa décision aura sur leur vie et lui rappelle leurs projets de sports d’hivers, de croisière en voilier avec Paul et de piscine à installer… Pierre lui dit que tout cela, ce n’est pas SA vie, que tout cela est en désaccord avec ce qu’il est vraiment, qu’il a l’impression que la vie qu’il mène est un mensonge, qu’il vit dans un monde qui n’est pas le sien.
Pierre arrive à la clinique du Professeur Lorfevre. Dès son entrée, Pierre est abordé par Paul qui lui demande d’emblée ce qu’il lui prend, de vouloir tout quitter pour partir gaspiller ses talents dans des pays lointains. Paul rappelle à Pierre qu’il était le plus jeune diplômé en médecine et le meilleur chirurgien, que c’est lui qui assure une grosse partie du chiffre d’affaire, que sans lui, la clinique risque d’avoir de très sérieux problèmes financiers, qu’il trahirait sa femme et sa belle famille a qui il doit ce job en or. Il lui rappelle enfin qu’il a un contrat à respecter.

Quelque part, aux portes du désert, Pierre fait ses adieux aux habitants d’un petit village africain. Il a vieilli et porte une barbe de plusieurs jours. Il donne ses dernières recommandations à une infirmière qui devra assurer la continuité du dispensaire pendant son absence. L’infirmière insiste sur l’urgence de l’opération qu’il doit subir, espérant qu’il n’est pas déjà trop tard. Elle lui dit que dans son état de santé, il est sage de rentrer définitivement en Europe. Pierre monte dans la Land-Rover blanche marquée d’une croix rouge, hésite, puis démarre.
Pierre progresse en plein désert sur la piste déserte. Le vent se lève et il se trouve bientôt pris dans une tempête de sable, qui l’oblige à s’arrêter car la visibilité devient nulle. Il prend le micro de la radio et tente d’appeler le dispensaire. La radio ne fonctionne plus. Il allume l’autoradio mais n’arrive à capter que faiblement une station qui diffuse de la musique africaine. Il prend son flacon de pilules dans sa trousse de médecin, hésite un instant, puis la remet. Il sort finalement un CD et l’insère dans l’autoradio. Il se cale dans son siège et ferme les yeux lorsque la musique commence. Dehors, le vent continue à souffler emportant des nuées de sable derrière lesquelles la Land Rover disparaît peu à peu…

Caractérisation des personnages

Pierre
La cinquantaine, cheveux grisonnants, une allure un peu baroudeur, décontractée, habillé simplement. Pierre doit suivre scrupuleusement un traitement médical.
Il est convivial, compétant, serviable, toujours soucieux des autres, à leur écoute, évitant les conflits. Mais Pierre est peu à l’écoute de ses propres besoins, vivant une existence bourgeoise qui n’est pas vraiment celle qu’il aurait choisie.
Pierre a été un enfant surdoué qui a terminé très jeune ses études de médecine. Il est devenu un excellent chirurgien et exerce dans la clinique de chirurgie esthétique de son beau-frère, Paul Lorfevre. Il s’est adapté au milieu mondain de sa belle famille.
Malgré sa vie aisée, Pierre garde au fond de lui la nostalgie de ses premières années de médecin, passées en Afrique dans des conditions parfois précaires avec Médecin Sans Frontières.

Paul
Un peu plus âgé que Pierre, cheveux toujours soignés, d’allure sportive et élégante. Pierre et Paul ont fait leurs études ensembles. Paul est plus un homme d’affaire qu’un médecin. Issu d’une famille bourgeoise et riche, il évolue avec aisance dans le milieu mondain et a pu ouvrir sa propre clinique de chirurgie esthétique, où il reçoit une clientèle issue du même milieu bourgeois.

Béatrice
45 ans environ, Sœur de Paul et épouse de Pierre. Femme soignée et élégante, qui a fait des études universitaires mais n’a jamais du travailler. Superficielle.

Marie
8 ans. Cheveux châtain et lisses avec une petite queue de cheval, ce qui lui donne l’air d’avoir les oreilles décollées. Petite fille remarquable par son intelligence, sa maturité et sa perspicacité. C’est une surdouée dont les différences provoquent les railleries des enfants de son âge

La mère de Marie
Brunette frivole, 40 ans, faux ongles, un peu trop maquillée.

Schéma dramatique

Situation de départ :
Pierre est un excellent chirurgien et reçoit ses patients dans la petite clinique privée de chirurgie esthétique de son beau frère, le professeur Paul Lorfevre. Il s’est adapté au milieu mondain de sa belle famille, à qui il doit d’ailleurs sa situation professionnelle et sociale. Malgré sa vie aisée, Pierre garde une certaine nostalgie de ses premières années de médecin, passées en Afrique dans des conditions parfois précaires.

Incident déclencheur :
Pierre reçoit Marie en consultation. Marie est une petite fille surdouée qui lors de l’entretien met Pierre en face du désaccord entre la vie qu’il mène et ses rêves et idéaux de jeunesse.

Révélateur :
Son médecin conseille à Pierre de lever le pied, de prendre du recul.

Objectifs des personnages en présence :

Le protagoniste :
Pierre : Son objectif est de renaître, confronté à une existence conforme à ce qu’il est, d’offrir ses services aux plus démunis d’échapper à cette existence dans laquelle il ne trouve plus sa place.

Les antagonistes :
Paul : Son objectif est de mener à bien son entreprise, cette clinique dans laquelle sa famille a investi et pour laquelle les talents de Pierre sont indispensables
Béatrice : Son objectif est de maintenir son rang dans cette société mondaine, d’avoir d’aussi beaux vêtements et une aussi belle voiture que sa belle sœur.

Destin du protagoniste (Pierre) :
Retourner en Afrique, prodiguer ses soins dans les petits dispensaires, les villages et les camps de réfugiés.

Obstacles internes :
Pierre est malade. Il doit suivre scrupuleusement un traitement.
Pierre est quelqu’un de dévoué, plus soucieux de la satisfaction de son entourage que de ses propres besoins : il est tiraillé entre son sentiment de trahison envers sa belle famille et la réalisation de son projet humanitaire.

Obstacles externes :
La désapprobation manifeste de sa femme et de son beau frère.
Un contrat d’emploi à respecter.

Résolution :
Pierre est en Afrique, au service des populations défavorisées, jusqu’au moment où sa maladie l’oblige à se mettre en route pour la Belgique pour subir une opération importante.
Sur la route du retour, bloqué dans une tempête de sable, il omettra de prendre les médicaments indispensables à sa survie.

Continuité dialoguée (extrait)

INTERIEUR, LAND ROVER, JOUR
Générique début

Pendant le défilement du générique, depuis l’intérieur, vue du pare brise et de la fenêtre de la portière gauche complètement recouverts de sable, bouchant toute visibilité vers l’extérieur. Des bruits de voix étouffées (voix off) et le blatèrement d’un chameau parviennent de l’extérieur. Une main dégage un peu de sable sur la vitre de la portière et le visage d’un homme, la tête entourée d’une étoffe bleue, apparaît. Il colle son visage à la vitre et regarde à l’intérieur du véhicule et frappe sur la vitre en interpellant le conducteur, sans réaction.
TOUAREG A :
Docteur… Docteur Pierre ! … Docteur…

EXTERIEUR, DESERT, JOUR
Une Land Rover blanche est recouverte de sable accumulé par le vent. Des touristes en randonnée chamelière se tiennent alignée et immobiles à quelques mètres à l’arrière plan au sommet de la dune, juchés sur leurs chameaux. Deux hommes, en tenue de Touareg, leurs accompagnateurs, continuent à déblayer la porte du véhicule, côté conducteur.

INTERIEUR, LAND ROVER, JOUR
PIERRE, environ 60 ans, très pâle, est assis au volant semble dormir profondément, paisiblement. Sur le siège à côté de lui, une trousse de médecin est restée ouverte. Par la fenêtre de la portière, partiellement dégagée du sable qui la recouvrait, on voit par moment les deux Touaregs qui s’affairent. La portière s’ouvre, la lumière entre dans l’habitacle et un des deux Touaregs se penche a l’intérieur du véhicule vers l’homme immobile.

EXTERIEUR, DESERT, JOUR
Juchés sur leurs chameaux, les touristes distinguent maintenant l’insigne de la croix rouge sur la portière dégagée du véhicule. Le premier Touareg est penché à l’intérieur du véhicule. Le deuxième s’approche de lui, regarde aussi à l’intérieur et une discussion s’engage entre eux sans que les touristes ne puissent distinguer ce qu’ils disent. Les Touaregs reviennent, l’air préoccupé, vers le groupe de touriste. L’un des deux prend un téléphone (GSM) dans le sac pendu à son chameau et s’éloigne un peu en composant un numéro. Un des touristes s’adresse à l’autre Touareg :

TOURISTE A (femme 40 ans) :
Qu’est-ce qui se passe ? Il y a quelqu’un dans la jeep ?

TOUAREG B :
C’est le docteur Pierre. Il a sans doute été bloqué par la tempête de sable hier. Mon ami appelle des secours.

TOURISTE B (homme 40 ans) :
Je suis médecin, je peux vous aider.

TOUAREG B :
Oui, venez.
Le Touareg B aide le touriste médecin à descendre de son chameau puis ils se dirigent tous les deux vers le véhicule. Les autres touristes restent en place, juchés sur leurs chameaux et continuent à observer la scène. Le Touareg A les rejoint, le téléphone à la main. Le touriste médecin se penche à l’intérieur de véhicule, puis se retourne vers les deux touaregs, faisant du bras un geste signifiant qu’il n’y a plus rien à faire.
Un plan large montre l’ensemble de la scène puis (traveling ou panoramique) montre qu’on se trouve à environ un kilomètre d’un village.

EXTERIEUR, AVENUE DE BRUXELLES, JOUR
Une avenue de Bruxelles, avec de belles maisons bourgeoises et anciens hôtels de maître datant du siècle passé. C’est l’hiver, les arbres ont perdu leurs feuilles, il fait gris et la lumière est terne, il pleut. Sur la porte d’entrée des maisons, un panneau indique : Clinique du professeur Paul LORFEVRE, Chirurgie esthétique.
Une dame, accompagnée d’une petite fille de 8 ans (MARIE) passe devant le panneau et sonne à la porte de la maison. Aussitôt, un court bourdonnement suivi d’un déclic indique que quelqu’un à l’intérieur a commandé l’ouverture de la porte. La dame et l’enfant entrent.

INTERIEUR, CABINET DE PIERRE, JOUR
Pierre, la cinquantaine, est assis en face d’une dame d’une soixantaine d’année. Ils se lèvent et se dirigent vers la porte.

LA DAME :
Merci, Docteur pour l’excellent travail que vous avez fait. J’ai l’impression d’avoir 20 ans de moins.
Pierre prend le manteau de la dame au porte manteau et le lui tend pour qu’elle puisse l’enfiler.

PIERRE :
Merci, Madame Pechin. (pourquoi merci ?) Et (pourquoi Et ?)encore désolé de vous avoir fait attendre si longtemps : j’ai énormément de travail.
La dame enfile son manteau.

LA DAME :
Vous travaillez trop, docteur. Vous devriez un peu vous reposer, penser à vous. Vous avez l’air fatigué.
Pierre ouvre la porte du cabinet.

PIERRE :
Vous avez peut être raison… Je vous raccompagne jusqu’à la sortie, j’ai besoin d’un peu me dégourdir les jambes.

INTERIEUR, COULOIR DE LA CLINIQUE, JOUR

Pierre et la dame arrivent à la porte de sortie du bâtiment Pierre ouvre la porte. La dame remonte son col, sort, et sur le seuil, se retourne.
LA DAME :
Au revoir, Docteur. Pensez à vous, surtout.
Pierre salue la dame de la main, d’un air approbateur et referme la porte.

INTERIEUR, COULOIR DE LA CLINIQUE, JOUR

Pierre se retourne et se retrouve face à PAUL LORFEVRE.

PAUL :
Bonjour, Pierre. Alors, finalement, cela s’est bien passé avec Madame… Pinchard… non, Pichin. Une bonne cliente.

PIERRE :
Madame Pechin. Oui, elle est gentille.

PAUL :
Et pleine aux as !
A propos, tu sais, le fameux voilier à vendre qu’on avait vu l’été passé … C’est fait, le vendeur a finalement accepté le prix que je proposais. Je pars pour le W-E prochain pour signer les papiers.

Pierre regarde Paul, sourit, approbateur.

PAUL :
Béatrice et toi serez mes premiers passagers à bord.

PIERRE (avec un enthousiasme qui sonne un peu faux) :
Génial.

Recevoir notre Newsletter

Debout les mots !

ImagiMots !