1060 saveurs

Les mots

Maggy
Épices, goût, piquant, salé, sucré, doux, doux-amer, la Mer de Chine, aromates, sel et poivre, délicieux, Tropiques, forêt tropicale, exotique, du bout du monde

Marylène
Odeur, épices, chaleur, douceur, plaisir, couches, surprise, mille-feuilles, découverte, goût, diversité, partage, étendue, développement, éventail, voyage, créativité, ampleur, tendresse, tendre, mariage.

Mélanie
couleur – goût – sens – éveil – sucré – salé-amer-acide-aigre doux –manger-essayer-explorer-brouiller-bizarre-ça pique-saucisse-fondant-doux-bocadillo-basque-cuisine-piment-pistil-fleuri-ciboulette-croquant-caramel-gourmandise-craquelin-croustillant-mou-dur-dent-mordre-lécher-dévorer-disséquer-bonbon-enfance-nez-odeur-pailles-langue

Expérience « dans la rue » en binôme

Maggy

Le soleil brille sur la coupole de l’hôtel de ville. La lumière est presqu’aveuglante parfois. Je la vois derrière et entre les branches des arbres.

Jolie lanterne sur un pied en fer forgé. Pas encore allumé le réverbère.

Bruit des ballons contre les grilles de la cour, où jouent des gamins.

De petites taches rouges, accrochées au grillage, alignées comme une rangée de mini-oiseaux sur une branche d’arbre.

C’est drôle d’être là, sans but particulier, si ce n’est regarder, décrire, observer, sans juger, marcher, au ralenti, s’arrêter, prendre son temps, arrêter le temps. J’adore.

Est-ce un bac à sable ou un pipi-room pour chiens ? comment dit-on déjà ? un canifère, une canisette, une canicule ? J’irai voir au dico.

Un pilier en bois s’est écroulé, fatigué qu’il était d’attendre. Attendre quoi ? Personne ne le sait. Qui va l’aider à se relever, le pauvre ?

Tiens ! C’est bizarre : un arbre avec toutes ses feuilles, enfin presque, déjà fanées pour la plupart. Il a l’air tout triste. Peut-être de saison.

Des papys assis sur les bancs. Un autre papy vient d’arriver, sert la pince de tous les autres papys assis. Arrivée très remarquée d’une madame entre tous les papys, il en a profité pour lui faire un bonjour avec des bisous. Il était content. Elle aussi.

Un jeune homme nous croise sans nous voir, il marche vite, il parle à son gsm.

Training rouge.

C’est fou tout ce qu’on voit quand il n’y a rien à faire que marcher lentement et regarder, ralentir . Dans les grillages de tout à l‘heure, il y a des petits oiseaux jaunes. En fait, c’est pas vrai, c’est pas des oiseaux.

Le feu rouge vient e passer au vert. Les voitures se précipitent dans tous les sens.

Cris des mini-footballeurs

Une poubelle avec une anse blanche en plastique. Une cannette de MAES ? Elle est bleue. A côté, sa voisine est verte. Le tout dans un sac en plastique. Dépôt clandestin. Coup de klaxon.

Un autre monsieur parle à son gsm. Qu’est-ce qu’ils tous à parler tout seuls à leur gsm ?

Un gamin vient de tomber. Il a raté le ballon. Il se relève en riant.

Tache orange dans la veste de jogging d’un des gamins

Gros bruits de camion.

Un bus vient de s’arrêter, tout jaune, mais jaune sale. Il en a bavé …

Plein de pigeons viennent de passer devant la devanture du magasin. Ils ont déjà disparu dans un souffle de vent.

Affichette « à vendre ». Appartement ou maison ?

Lavage à la main.

La danse des pigeons recommence.

Un panneau orange devant la pharmacie.

Grande conversation entre le papy et la madame à qui il a fait des bisous.

A côté de la poubelle, encore un dépôt clandestin. Cette fois, la poubelle est éventrée. Un chien affamé ?

Une grande tache jaune sur le mur d’en face, à côté d’un sens interdit. Un grand poster, en fait, avec un chien à l’air gentil, à grandes oreilles haut dressées. Maintenant que j’y pense, ça peut être la pub pour rappeler aux propriétaires de chiens, de rappeler à leurs chiens, de ne pas faire leurs besoins partout et n’importe où ? La raison, peut-être, pour laquelle le poster est voisin du sens interdit.

Questions. Suggestions. Sous-entendus. Sans doute, pas de quoi en faire un fromage ou toute une histoire.

Marylène

interdit de traverser à droite
attention enfant
Algarve
Elia Travel
Indian
Rien qu’en regardant les noms des magasins, on voyage.
Des rêves et des étoiles
Leonidas, c’est du chocolat belge. Il y a un petit bout de Grèce dans le chocolat belge.
avance
boucherie halal
Gaston perdu au milieu de la diversité
comptoir des ... (je n’arrive pas à lire)
 15H2O à la pharmacie omer(je n’arrive pas a lire )
comme un goût d’horizon
côté ciel
linge de maison. fermé
passion
haute tension
fin de série. déstockage
rencontre impromptue
vieille dame toute voûtée faisant la manche
au petit coquin
amicrack
appel aux musiciens
invitation
rebelle
au bon gigot
la dinde royale rue de Rome
bisous (des amoureux s’embrassent)
caractères
nationalité
beau monsieur
belle madame
boîte aux lettres
collectif alpha
12
réverbère
ouvert...

Mélanie

Toutou
Automne
Froid au bout du nez
Petit nuage translucide
Vroum vroum ! Vroum vroum !
Grillades qui font penser aux vacances
Envie de marcher vite vite vite, parce que c’est comme ça d’habitude
Mégot
Interloqué
C’est bon de prendre son temps
Bébé emmitouflé
Noël qui cligne des yeux
Nez qui coulent, raclements de gorges
Douce moumoute et pompons
Miam miam
Petit coup de barre
C’est bien ça tout à 1€
Laine et velours

Laurence

Un carton BON APPETIT sortant de la poubelle
Des enfants qui viennent de la bibliothèque
Les cris d’un petit garçon
Les voitures passent et s’éloignent
L’air est frais
« Allez, avance ! »
Le parking vélo est désert
Une quantité de sonnettes
Le feu est rouge
Un homme passe, les mains dans les poches
Un autre porte un trousseau de clefs
Je m’interroge à chaque fois que je me trouve face à cet objet : est-ce qu’on dit « une boîte aux lettres » ? A chaque fois on me répond et à chaque fois j’oublie la réponse ! Celle-ci m’intrigue. Elle est taguée, sale. On dirait un animal la bouche ouverte posé là par erreur et attendant d’être nourri. C’est comme un tache rouge dans le paysage.
La statue d’un chien assis, sur un balcon
Au feu, le bruit des moteurs qui tournent
Des portes qui claquent
Des tuyaux en plastique sortent de terre
Je vois l’entrée du parc
Le sigle « métro » dans la grille, j’avais jamais remarqué
Assurance, placement, leasing
Achat, vente, location
Le soleil sur la façade de The Hotel, brille sur la coupole du palais de justice
Un tag La voix au peuple
La rue de Moscou
Une pensée pour le peuple russe et les Pussy Riots
Un homme à casquette
Un ballon rouge
Des touristes parlant anglais
Qui est Marie Janson ? Elle est « fille de… » et « épouse de… ». Elle porte des lunettes et un collier à perles. Ses cheveux sont blancs.
A côté d’elle, Flash Cocotte
Un cadenas pour protéger la statue assise de dos qui regarde les gamins jouer au foot
Deux bonshommes mauves remontent la rue Hôtel des Monnaies
Un papy sur un banc

Improvisation solitaire autour du mot « épices »

Maggy

Les épices sont censées donner une saveur au mets qu’elles accompagnent. Une sauce sans épice, c’est comme un légume sans sel, comme une relation sans amour. Je me demande où ça va me conduire. Dans quel continent, sous quels cieux vais-je trouver de quoi relever mon repas, de quoi pimenter ma vie ?

Dans une épicerie sans doute !

Une épicerie c’est quoi ça ? Ben un magasin qui vend des épices quoi ! épicerie, épices …

Oui, mais ça n’existe plus aujourd’hui une épicerie ! On ne trouve plus que des supermarchés, des magasins gigantesques, où l’on trouve de tout, sauf ce que l’on cherche. Dommage.

Peu importe, j’ai peut-être une idée : marcher dans la rue la plus commerçante de Saint-Gilles et faire le tour de tous ses petits commerces, de la huppée maison communale jusqu’à l’épicier turc, sur le coin, près de la Porte de Hal. Je parie que je pourrai zigzaguer entre 1060 saveurs réparties entre plus de cent nationalités, cultures et traditions. Je chevaucherai des épices chantantes, odorantes et froufroutantes qui rêvent de faire vibrer la cuisine de bonheur. C’est sûr, le tour du monde va commencer : entre Saint-Gilles et Bengalore, Bangkok et le triangle d’or, en remontant le Mékong, en traversant la Mer de Chine, de Damas à Marrakech, de Tanger à Madrid, retour à St-Gilles. Des épices qui chantent toute les saveurs du monde : cumin, cannelle, ras-el-hanout, anis, paprika doux, fleur de sel de Guérande, curry, caramel salé de Bretagne, vanille de Madagascar, cacao brut,

Marylène

J’ai sur la langue comme un goût de surprises ...

La multiplicité des saveurs, l’étendue sur ce mille-feuille aux mille couleurs, aux mille sonorités, m’étonnent et me comblent.

Il y a comme un parfum de voyage, d’amitié, de rencontre ...

 Comme une musique en sourdine et qui monte, qui me dit que je suis en vie et me donne envie de chanter, de rire, et de danser ...

 Je me dis que la vie est un juste équilibre de saveurs et, même quand "ça pique", et même quand c’est trop,

 C’est toujours bon.

 J’ai sur la langue comme un goût d’ailleurs, un goût de promenade ...

 Je me dis que le chemin est celui que l’on cherche mais aussi et surtout celui qu’on ne cherche pas.

 Le bon chemin est celui de la rencontre.

 Je me dis que le chemin est un accident, juste un accident... charmant !

Mélanie

Mille-feuille aux allures de ciment écaillé qui attend et le temps et le pansement de sa patience qui tarde à venir la scélérate. Ah quelle douceur amère que d’être à bout de souffle dans cette odeur de sphincter. Elle est fière cette pelote rigolote qui gigote, elle a un peu du mal des fois à éviter la paroi de son estomac mais sinon les affaires roulent bien. Ce n’est pas la crise chez elle, c’est plutôt la prospérité à foison et le poison qui descend sur l’horizon pas piqué des vers. Ah la raison…ma bonne dame… ça ne se fait plus guère. C’est un mystère résolu et révolu qui ne passionne pas même l’inspecteur Derrick. Le hic c’est tout de même sa perruque en fausse moumoute qui lui donne des airs de mamouth post-féérique. Ce n’est pas gai, hein, tous ces coléoptères qui opèrent en silence leur dévotion de chantres du pseudo new post apocalyptique. Non, c’est dommage y’a plus de limaces à regarder ni avec qui babiller.

Laurence

La mer de Chine arrivée à Saint-Gilles par l’avenue Louise a rencontré en chemin un petit garçon perdu sur le trottoir du Aldi qui disait midi à quatorze heures sans se rendre compte du temps qui passe comme une limace quand on s’assoit sur un banc avec les papys au gsm hurleur les pleurs les cris les chrysanthèmes la mort du silence et pourtant… et pourtant je chante se dit l’alibi moqueur à peine arrivé à la barrière tandis que Saint-Gilles sommeille sur sa fontaine de cristal de Bohème comme les bobos qui vont et viennent bonobos ou babas au rhum alcool prisé sous les tropiques exotique destination de rêve songe sommeil dormir dors, je le veux ! Crie l’abeille au guépard pour tenter de l’amadouer, le charmer, lui rendre la vie plus douce malgré son travail incessant son labeur quotidien qu’il chercher à fuir en vain veine chance c’est aujourd’hui vacances.

Texte collectif

Il faut faire la distinction entre le chocolat et le salé. C’est vrai parce que le salé c’est tout de même une question importante car trop c’est trop et puis je dirais aussi qu’il faut quand même s’abstenir de traverser la rue sans regarder. Au moment précis où le feu passe au rouge et que le canard veut traverser et qu’il y a un agent de police en plus qui règle la circulation. Le canard va-t-il traverser ? Ma bonne dame, le canard à l’orange c’est complètement dépassé. En effet, la mode est plutôt aux alouettes sans couettes. Saviez-vous que… mais on ne va pas en faire une tarte. Que ce soit dépassé est une chose mais j’ai faim et j’aimerais bien passer à table mais pour cela il faudrait que le canard arrête de se lécher les babines en me regardant d’un air goguenard. Attention ! Voilà que passe à toute allure un gros gigot qui n’a pas mis sa ceinture. Quel danger public ! Il faudrait quand même être une voyante lucide pour ne pas l’avoir compris ! je suis bien d’accord, une telle invitation des astres intergalactiques ne peut plus avoir lieu qu’au 33ème jour de l’année 12 465 et demi à la 72ème heure. Sinon y’a comme un cheveu dans le pâté. Après chevreuil ou escargot, voilà qui est surprenant, intéressant mais peut être dévastateur quand on pense qu’il faudra sortir la poubelle. Sur le trottoir saint-gillois, de la rue de Rome, capitale des civilisations mêlées où nul n’est ou plutôt ne devrait être clandestin.

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