Le zoo est plein de monde

Le zoo est plein est plein de monde. Baraki contemple les bêtes dans les cages, s’émerveillant à chaque pas. Autour de lui, des enfants jouent, leurs cris se mêlant à ceux des animaux. Dans ses mains crasseuses, Baraki transporte un petit bocal transparent rempli d’eau. A l’intérieur nage un poisson rouge nommé Amar. C’est l’être auquel il est le plus attaché, étant donné que c’est son seul ami. Baraki retourne vivement son bras pour regarder l’heure. 16h17. Quelques secondes s’écoulent avant que l’homme ne se rende compte du drame qui vient de se produire. L’aquarium d’Amar est tombé quand il a regardé sa montre. Il s’est brisé en mille morceaux, et le petit poisson se débat sur le sol. Baraki crie en attrapant Amar. Il court dans tout le parc en appelant à l’aide, en vain. Il se dirige à toute vitesse vers le compartiment « poissons ». De toutes ses forces, l’homme brise le verre d’un des aquariums au hasard et place le poisson dedans. Baraki entend soudain des cris d’affolement autour de lui. Avec horreur et désespoir, il se rend compte que la paroi qu’il vient de casser protégeait le zoo d’un requin féroce. La sécurité tente de l’arrêter, mais il se débat et s’enfuit en tenant fermement Amar pour ne pas le laisser tomber à nouveau. Il saute dans sa voiture et roule en direction de chez lui, tout en murmurant des encouragements à son poisson qui s’étouffe dans sa main. Il aperçoit enfin l’immeuble. Il va réussir à sauver Amar ! L’homme se gare devant le bâtiment en amochant une voiture au passage puis se dirige vers la porte en courant. Baraki regarde une dernière fois sa montre avant d’y entrer. Il est 17h03.

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Baraki pousse la porte de son petit studio à coup d’épaule et se jette dans sa cuisine désordonnée. Il attrape une bouteille vide au hasard, la remplit d’eau et jette Amar dedans. Son poisson arrête peu à peu de se débattre et recommence à nager, comme si rien de tout cela ne s’était passé. Baraki pleure de joie. Il vient de sauver l’être le plus cher à ses yeux, Amar est vivant ! Tout en s’excusant auprès du poisson, Baraki aperçoit l’ombre d’un chat qui rôde près de son appartement. « Sûrement celui de Mme Rousseau. Pense t-il. Mais jamais cette stupide créature ne fera de mal à Amar. Je le protégerai, quoi qu’il arrive.

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L’horloge à moitié décrochée de son mur annonce 19h10. Deux heures se sont écoulées depuis que Baraki est rentré chez lui et a sauvé son poisson. L’homme entend son estomac gargouiller. Avec tout ce remue-ménage, il n’a même pas pensé à manger ce qui, habituellement, est une de ses passions. Il fouille dans un tas d’affaires en désordre à la recherche d’un petit peu d’argent pour s’acheter de la nourriture, mais ne parvient pas à trouver un centime. Il lui semblait pourtant avoir au moins dix euros, de quoi tenir la soirée, mais non. Les idées se bousculent dans sa tête. Il pourrait frapper aux portes, demander à ce qu’on l’invite à manger, mais personne n’accepterait jamais. Il ne lui reste plus qu’une solution qu’il déteste plus que tout au monde. Baraki ouvre la porte de son studio et se glisse discrètement dans le couloir. Il marche quelques pas avant de s’arrêter devant une porte. Des gouttent ruissellent sur sa peau métis. Il tambourine, priant pour que personne ne réponde. Son souhait semble être entendu, car c’est ce qui se produit. Ravalant toute crainte et prenant une grande inspiration, l’homme tourne la poignée. La porte s’ouvre miraculeusement, et il pénètre dans l’appartement. Celui-ci est étonnement bien rangé pour la personne qui l’occupe. Des petits sachets remplis de substances illégales sont posés un peu partout. Au mur sont affichés des posters de Hard Rock et de Heavy Metal. Baraki n’aime pas cet appartement. Il le met mal à l’aise. L’homme ouvre les tiroirs un à un et finit par trouver ce qu’il cherche. En dessous du matelas se trouve une petite liasse de billets. Ça lui fait mal au cœur de voler les économies de Diego, mais il est obligé, pour se nourrir lui, et Amar. Et puis, le garçon récupérera vite son argent, avec toute la drogue qu’il possède. Baraki prend soin de ranger tout ce qu’il a déplacé et de refermer la porte derrière lui. Il se dirige ensuite vers le Night Shop au rez-de-chaussée.

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« Il faut absolument que j’achète un aquarium à Amar. » pense Baraki.
Après s’être rempli le ventre et fait une petite sieste, l’homme a les idées plus claires. Il faut que son poisson vive dans quelque chose de décent. Il se lève de son crasseux canapé et marche en direction de la porte. Il n’a de nouveau plus d’argent, celui de Diego a été entièrement dépensé en nourriture, pour homme et pour poisson. En plus, c’est la nuit, le magasin sera donc fermé. Mais ce n’est pas grave. Il trouvera une solution. Il en est bien obligé, car Amar ne peut plus vivre dans cette horrible petite bouteille en plastique. Cela devient même insultant pour le poisson, et Baraki serait prêt à tout pour le rendre plus heureux. En se dirigeant vers la sortie de son studio, l’homme trébuche sur des affaires en désordre et découvre un pied-de-biche. Voilà sa solution. Il l’attrape et sort de l’immeuble à pas de loup. Quand il arrive devant le magasin pour animaux, il se faufile avec précaution à l’intérieur. Après avoir longuement hésité puis choisi l’aquarium le plus luxueux, il rentre chez lui, installe Amar dans sa nouvelle maison et, un sourire aux lèvres, s’endort profondément sur son matelas poussiéreux.
Il fait beau. Baraki est assis sur l’herbe du parc, en train de savourer des chocolats qu’il vient d’acheter. Soudain, un adolescent arrive en courant, criant à s’en déchirer les poumons. Baraki le reconnaît. Il s’agit de Bob, son petit frère. Derrière Bob, l’homme aperçoit un horrible loup qui montre ses crocs. Il se jette sur la bête pour sauver son frère, et le loup prend feu. Les deux frères restent sans voix, fixant les cendres de l’animal qui se répandent sur le sol.
Baraki se réveille en sursaut. Tout en pensant à son rêve trouble, il entend du bruit de l’autre côté de la porte, dans les escaliers.
« C’est sûrement Emily Rousseaut qui va toquer aux portes pour retrouver son livre. » se dit-il.
Il tourne la tête en direction de la fenêtre et s’aperçoit que la façade d’une maison a été taguée pendant la nuit. Dehors, le bruit se fait de plus en plus fort. Poussé par sa curiosité, Baraki se décide à aller voir ce qu’il se passe. Il se dirige vers sa porte, retire la clé de la serrure et tourne la poignée. La porte s’ouvre dans un grincement, et il passe sa tête de l’autre côté. Mais la cage d’escaliers est déserte. Il se glisse à l’extérieur de son appartement. Le bruit vient du premier étage. Baraki descend les marches et se retrouve face à deux portes. A droite, celle de Siloe, cette mystérieuse femme qu’il préférerait ne pas approcher, et à gauche, celle de quelqu’un que personne n’a jamais vu.

 ***

9 mois plus tard :
La musique résonne dans l’appartement du premier étage. A l’intérieur, deux hommes dansent, chantent et rigolent. Ils sont tous deux vêtus d’une chemise hawaïenne à courte manches et d’un short au même motif. Le premier, Baraki Mama, a apporté son poisson Amar pour qu’il puisse jouer avec Chuck, le chien de l’autre homme. Cet homme, Baraki ne connaît pas encore son nom. Mais il y a neuf mois, quand il a toqué à cette porte, sa vie a changé. L’homme mystérieux, cet homme du premier étage que personne n’a jamais vu, est désormais le meilleur ami de Baraki Mama.

Nina Moragues

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