Textes de Laure Bassan

PAS À PAS

Du plus profond de mon être, marcher a fait partie de ma vie. Sur ma ligne du temps, je marche sans cesse. Les rares fois où je me suis retrouvée immobile, c’est à l’intérieur de moi que je continuais à marcher. Marcher c’est se mobiliser.

Je marche pour ne pas rester un être immobile
Je marche parce que ma nature même est mobile
Je marche parce que naître et mourir sont deux points immobiles de ma ligne de vie
Je marche parce que je suis vivante
Je marche pour ne pas devenir nature-morte

Et quand je marche, j’apaise mon esprit angoissé, inquiet, triste, souffrant
Je marche pour panser mes plaies de l’âme
Je marche parce qu’à ce moment-là mon cœur bat au même rythme que l’univers
Je marche pour écouter cette musique sacrée
Je marche pour accéder aux clairs sens.

PIÉDESTAL

Sans lui,
je stagne,
je m’immobilise,
je tombe,
je béquille,
je m’enterre,
je funambulise,
je feufolle

Avec lui,
je touche le sol,
je foule les feuilles,
je snoezèle,
je marche,
je saute,
je cloche-pied,
je trépigne,
je cours, je danse

Sacrés pieds qui mettent le jour le monde à mes pieds
Sacrés pieds qui au petit matin me donnent bon pied bon œil
Sacrés pieds qui au soir me font crier « Quel pied ! »

SOULIERS DE VERRE

J’ai cinq ans. J’ai filé dans l’antichambre pour enfiler ta lingerie de soie, ta robe des grands soirs, tes bijoux de reine. J’ai ouvert la porte de ta garde-robe pour contempler mon reflet dans le miroir aux alouettes. Ton parfum de maman monte à mes narines écarquillées. Je vois ton visage dans la glace. Tu me souris.
Je suis presque prête.
Sauf que je marche un peu sur ta robe…
Je récupère mon diadème de princesse, le pose sur mes cheveux dénoués.
Je suis presque prête.
Que me manque-t-il donc à part toi ?
Je suis presque prête.
Que me manque-t-il donc à part ton regard sur moi ?
Je suis presque prête.
Que me manque-t-il encore pour être grande comme toi ?
Soudain, je me précipite dans le fond de la garde-robe. Ils sont là, souliers de vair magiques !
Je les vole. Ils sont à moi. Je nage dedans. Je suis si grande !
Les douze coups de l’Angelus carillonnent. J’ai faim de toi.

LILIBELLE

Mon amie la libellule
Vient taquiner le bout de mon nez
Allons musarder dans les vignes, les forêts
Par-delà les montagnes et les prés

Lilibelle comme je l’appelle
Me montre fièrement le chemin
Quand je suis égarée,
Elle vient alors sur ma main se poser

Lilibelle comme je la nomme
Adore flâner au gré des vents
Quand à la nuit tombée me voilà angoissée
C’est sur mon épaule, qu’elle se pose me rassurer

Ma fée des bois sait se montrer espiègle
Quand mon âme divague dans ma chevelure
Lilibelle vient coller ses ailes aux miennes.

CHEMIN DES CRÊTES

Fouler les pierres éparses sur les chemins inconnus des crêtes
Marcher ça et là sans objectif qu’atteindre le ciel
Mirer au loin les monts et les pics rocheux
Voir par-delà la canopée des arbres centenaires, les gorges à perte de vue

Tel le funambule sur la sente étroite
Derrière le marcheur la nuit et sa lune
Au-devant le soleil irradiant

Tantôt suivre les cairns, tantôt les façonner
Ouvrir le chemin, l’éclairer
Avancer à l’instinct ou rose des vents en main

Pressentir l’égarement
Se connecter à l’univers
Indiquer la voie tel l’éclaireur

Etreindre l’arbre pour s’orienter
Sentir les fleurs, les fruits, l’humidité
Parler aux vents messagers
Clairvoir dans les yeux de l’aigle.

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