Textes de Marie-Jeanne Devos

Marcher - Mémoire du corps :

Je marche dans la vie, parce que mes ancêtres m’ont appris à marcher dans leurs pas.
Je marche avec mes pieds, mais surtout avec mon coeur, avec ma sensibilité.
Tout ce qui m’entoure m’entre dans la peau.
Tout est inscrit dans mon être, par le contact avec la terre et ses vibrations.

Julia connaît tous les chemins

La petite Julia a sept ans et passe ses vacances à la ferme de ses grands parents paternels.
Le soleil se lève au-dessus de la terre, les arbres allongent leurs ombres sur le sol, les herbes, la poussière des chemins. Les plantes tremblent dans le vent. Dans le ciel très bleu, l’air froid, les oiseaux ne volent pas encore. Aucun nuage, seulement le soleil. La lumière du matin frissonne un peu comme si elle n’était pas tout à fait certaine.
Ce matin, Julia, se lève très tôt, au premier chant du coq. Son cœur s’anime d’une joie profonde. Gambader, courir en toute liberté. Ce désir l’anime tout entière. Elle sort de la petite maison, marche lentement. De temps en temps, s’arrête, observe quelque chose par terre, cueille une petite fleur ou un brin de romarin qu’elle presse entre ses doigts pour en sentir l’odeur douce et poivrée. Quelquefois surgit un gros bourdon doré sur une touffe de chardons, Julia le poursuit, mais ne s’approche pas trop près, ressent un peu de peur tout de même. Quand l’insecte s’envole, elle court à sa poursuite, les mains tendues, comme si elle voulait réellement l’attraper. Juste pour s’amuser, pour sauter, courir, s’envoler…

Ici à la campagne, aussi loin qu’on regarde, il n’y a que cela : la lumière et le ciel. Des insectes ça et là, comme les coccinelles portant leur rougeur et leurs petites tâches noires, une sorte de guêpe à la taille si étroite, qu’on dirait qu’elle est coupée en deux, des papillons blancs, d’autres colorés aux tons arc-en-ciel, des mouches plates et métallisées qui cherchent les jambes et le visage de Julia, lui chatouillent le nez.

Julia, connaît tous les chemins, toutes les pistes des champs. Partout elle pourrait aller les yeux fermés sachant le lieu rien qu’au toucher de la terre avec ses pieds nus.

Julia, connaît tous les chemins, ceux qui vont à perte de vue le long des champs entre les broussailles, ceux qui font une courbe et virevoltent en arrière, ceux qui ne vont jamais nulle part.

Chaque fois qu’elle chemine ici, il y a pourtant quelque chose de nouveau. Aujourd’hui, le bourdon doré l’a emmenée loin au-delà des fermes voisines. Là-bas, une sente longe un champ de blé. La parcourant, elle aime passer les jambes nues près les blés, sentir leur fraîcheur sur sa peau, leur frôlement qui picote un peu. De ses pas, de son corps elle caresse l’espace immense, se fond dans sa beauté, son
silence. Julia marche joyeuse, danse, épouse la vague des épis de blé d’or se balançant dans la brise du matin. Julia, capte les mystères, les parfums, les ondes de la nature, les cadences du vent. Elle seule connaît tous les chemins...

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