Textes d’Edith Fandeur

PORTRAIT 

D’où es-tu : du fond des Abysses où les poissons sont rouge comme le soleil levant, bleu comme le ciel, orange comme l’ocre, jaune comme la poudre d’or.

Où vas-tu : vers les îles lointaines où le sable est blanc, où la mer déferle en vaguelettes sur les plages désertes que seule je connais, où les hommes se nourrissent de lait de coco, où les plantes géantes vous embaument et vous enlacent.

Quel est ton nom : belle sirène, chevelure s’étalant dans l’eau, attendant les humains venus en bateaux racontant des légendes en m’apercevant.

Et ton père : un Ulysse voyageant sans cesse revenant au bercail pour me cajoler. J’attends ses retours pour grandir écoutant ses récits toujours insolites.

Et ta mère : une brise rafraîchissant les corps étalés au feu du soleil, soufflant dans les voilures, frissonnant la mer.

Et ton Dieu : une étoile qui brille non seulement la nuit mais aussi le jour.

Qui t’attend : l’âme fidèle me caressant sans cesse lors de mes retours de voyages au long cours.

Et tu aimes : la Seine coulant paresseusement dans le grand Paris offrant aux piétons ses quais baladeurs, reflétant de majestueux monuments.

JE SUIS

Je suis un cours d’eau coulant lentement le long des villages, apaisant les promeneurs qui me longent, reflétant les visages qui se penchent sur moi. Mon courant résonne comme des clochettes réveillant ceux qui dorment, mais aussi facteur de rêves magiques pour les amateurs de nature. Mes eaux peuvent grossir quant la pluie se déverse, entraînant des inondations, cassant des murs, brisant des maisons. Je gronde alors comme un fou qui détruit des vies sans me rendre compte que je suis allé trop loin. Je dois m’apaiser, constater les dégâts. Tous ceux qui m’ont aimé me regardent maintenant d’une autre façon. Ils s’en vont me tournant le dos. Je retrouve mon calme, mais peu sont restés. Ce sont des amis qui m’ont pardonné. Ce sont des amis appréciant ma vraie nature. Ils admettent mes moments de rage quand je leur dis : ne tenez à rien, vous êtes des humains.

Je pourrais être un soleil illuminant les vies, réchauffant les cœurs, facteur de bonheur. Je ferais transpirer les corps quand ils s’abandonnent. je chaufferais la mer pour que les hommes déploient leurs membres en gestes gracieux. Mes rayons s’arrêteraient sur les feuilles des arbres afin que les amoureux puissent dans l’ombre échanger des baisers, goûtant leur salive. Je pourrais briller dans une loupe, provoquant le feu dévorant la nature sans que nul ne m’arrête. Je suis dangereux. Il faut être fort pour pouvoir me combattre dans ces moments là. Je suis là pour ça, pour être admiré. Je suis le plus beau. Attention seulement à ma folie meurtrière. Sur les montagnes si belles en hiver, je fais fondre la neige, entraînant des glissements, alimentant des ruisseaux. Je suis le maître du temps. j’aparais et je disparais. Vous me détestez quand je ne suis pas là et vous m’aimez aussi quand je ne suis pas là. Ma présence ou mon absence est à la fois bonheur et malheur. Si je n’existais pas, y aurait-il ce qu’on appelle « la vie ».

PORTRAIT DE FEMME

Beauté noire
Au foulard orange,
Veux-tu grandir,
Hors de tes racines,
Ou connaître
Un monde nouveau ?

Le menton appuyé sur ta main,
Ton regard porté sur un livre,
Tu as l’air passionnée
Par ce que tu découvres.

Es-tu sous ta paillotte
Ou bien au loin, ailleurs ?
Tu n’as pas l’air de rêver,
Tu es décidée
A apprendre.

Apprendre :
Tout au long de la vie,
Cela a-t’il un sens ?
Apprendre
Et désapprendre.
C’est tout un travail
Si l’on veut un jour
Gagner sa liberté.
Liberté de l’âme.
Liberté du corps.

S’il te plaît,
Relève la tête.
Oui, ça y est,
Tu t’envoles.
Je t’en prie,
Reste avec moi
Te dit ta voisine.

Tu bats déjà des ailes.
Où iras-tu
Dans ta migration ?
Pour l’instant tu survoles
Différents pays.
C’est l’émerveillement
Toutes ces différences.
Reviendras-tu au pays ?
Non, maintenant je suis partie.
Mon esprit s’est adapté
A un rythme saccadé.
Il peut se développer.
Il peut fonctionner
Comme bon lui semble.

Je n’ai pas peur.
Mon train d’atterrissage
Est déjà sorti.
C’est là que je vivrai.

LE MOI

Le moi enfant
Petite fille sage, rubans dans les cheveux, robe courte froncée, toujours souriante, appliquée à l’école, attendant sa maman, voulant se jeter dans ses bras, mais sachant déjà que ce n’est pas possible.

Le moi adolescent
Jeune fille de 15 ans, habillée par sa maman, jupe plissée, portant des socquettes, regardant les bas des élèves de la classe, queue de cheval imposée, désir de folle chevelure, ayant honte de son corps transformé,
Paroles absentes, obéissante, travailleuse, réussite scolaire.
Ayant l’impression d’avoir un poids sur la tête pour ne pas grandir.
Désir de partir, très loin de ses parents.

Première affirmation du moi
Paris est ma ville. Coupure de mes racines nantaises. Folie des rencontres. Découverte du monde. Habillée de robes en soldes, de mini-jupes faisant ressortir mes jambes fines dans des collants moulants.
Maquillée, rouge à lèvres mordant, draguant dans les cafés, offerte à tout vent.

Le moi Didou
Prénom choisi pour un petit enfant. Douceur et tendresse. Accordant tout son temps pour un moment de bonheur. Redevenant enfant pour jouer avec l’enfant. Oubli de soi. N’est présent que l’enfant qu’elle prend par la main.

Le moi professeur
Attentif à l’élève, se posant des questions sur la manière d’enseigner adaptée à chacun. Désir de réussir à faire progresser le jeune confié, désir d’instaurer l’estime de soi, la confiance en soir, satisfaite du travail effectué.

Le moi amoureux
Corps à corps en pleine fusion comme pour se protéger du monde extérieur

DIFFÉRENTS ÂGE DE LA VIE

3 secondes
Boum !
Quatre cellules ont fusionné
C’est la vie qui commence.
Est-elle voulue ?
Est-ce un acte d’amour ?
Est-ce un besoin sexuel 
D’un père qui revient,
Cela est certain,
De beaucoup trop loin.

9 mois
Dans mon berceau,
J’ouvre les yeux.
Je regarde
La tête qui se penche
Sur mon visage de bébé.
Je souris
Quand elle me sourit
Je pleure
Quand elle me fait peur.

3 ans
Dans mon lit à barreaux,
J’entends dans la cuisine,
Ma mère faire la vaisselle.
J’attends patiemment
Qu’elle vienne me chercher,
Me sortir de mon lit.
J’adore être dans ses bras
Ne serait-ce qu’un instant
Car elle n’a pas le temps
De me prendre plus longtemps.

12 ans

Je suis fantastique.
Je me trouve magique
Quand mes doigts courent
Sur ce piano fragile.
Pas besoin de détente
Je n’ai pas encore
Les contractures
De l’adolescente.

30 ans
Beauté élancée
Bien courtisée.
Faut-il me marier ?
Qui prendre ?
Celui qui attend,
Celui qui viendra
Me dire qu’il m’aimera
Pour moi-même
Toute la vie.
C’est à moi de choisir.

120 ans
Je ne trouve plus mon pôle.
J’ai perdu le contrôle.
Où suis-je ?
Où sont-ils
Ceux que j’ai aimés ?
Sont-ils déjà partis ?
Et moi,
Que fais-je ici-bas ?

CHOISIR UN ÂGE

30 ans
Beauté élancée
Bien courtisée,
Dans des robes de soirée,
En grand décolleté.
j’aime danser,
me laissant aller
dans des bras musclés.
Mes pieds sont légers
Très bien dirigés.

Liberté gagnée,
J’ai déjà étrenné
Ma puberté.
Je sais où je vais.
Je veux du succès
Dans ma vie privée.
Mon travail nourrit
Ma vie quotidienne,
Voyages au long cours,
Aventures nouvelles.

Mon imagination déborde.
Que ferais-je ce soir,
Sortant du travail ?
Quelle soirée m’attend ?
Veillant jusqu’à l’aube,
Très vite une douche,
Partant de nouveau
Pour une folle journée.

Profitons vite
D’une bonne santé
Pour goûter
Ce qui m’est apporté.

Pas de compte à rendre.
Je veux vivre pleinement
Et le jour et la nuit.
Pas le temps de rêver,
Juste un sommeil profond
Dans lequel je m’enfonce
Dont je sors renouvelée.
Jusqu’à quand cette vie ?
Tout autour de moi,
Mes amis se marient
Est-ce que je les envie ?
Faudra-t’il perdre
Cette liberté
Gagnée à grand prix.

J’ai envie d’enfants,
Mais pas seule, bien sûr
Pour les élever.

Un père à trouver.
Mon dieu, quel casse-tête.
Lequel conviendra.
Celui qui attend,
Ce nouvel amant,
Cet intellectuel
Hors du réel.

Il me faut être aimée
D’une passion totale.
Ne jamais me quitter.
Accepter mes folies,
Accepter mes colères
Me prendre la main
Quand je suis perdue,
M’enlacer tendrement.

Non, je ne crois pas
Au merveilleux coup de foudre.
Je crois à la raison.
Je les observe
Ces hommes encore libres.
Ça y est j’ai trouvé.
Celui-là.
Il saura changer
Au cours de la vie.
Il sait s’adapter.
Je vais le draguer.
Ainsi il deviendra
Avec le temps qui passe
L’homme de ma vie.

REVIVRE UN SOUVENIR DU PASSÉ

Replonger dans son passé,
C’est plonger.
Plonger dans un lac.

O Shrinagar,
Ton lac est une histoire.
Ton lac si calme
Sur lequel voguent les barques,
Emplies de fruits et légumes,
Sur lequel sont sagement posés
Les « house-boats »
Accueillant les touristes
Amateurs d’exotisme.

O Shrinagar,
Ton lac est l’espoir
D’une grande aventure.
Le house-boat que je choisis
Pour y dormir paisiblement
Après de fatigantes marches
Dans les montagnes avoisinantes
M’a joué un drôle de tour.

J’avais donné mes habits à laver.
Ils avaient souffert de ma transpiration.
Je dormais donc ce soir-là
Vêtue d’un slip en papier,
Rêvant à la lune
Se reflétant dans tes eaux.
Quand tout un coup j’entends :
« The boat is sinking ».
La lenteur de mon esprit
Pour la traduction anglaise
Ne me fit pas réagir.
Je me lovai dans mon sommeil
Quand des coups sur le bateau
Me firent sortir de ma torpeur.

Instinctivement je me levai,
Me retrouvai debout
De l’eau jusqu’aux genoux.
Il me fallut un certain temps
Pour réaliser
Que j’étais bien dans la chambre
De mon house-boat.

Pas d’électricité, tout était noir.
Une barque passe
A la hauteur de la fenêtre.
J’attrape un bras tendu,
J’avais l’eau à la ceinture.
Un moment je pensai :
Et mon slip en papier !
Adieu vat, puisqu’il le faut.
Acceptons l’aide d’autrui.
Montons au sec dans cette barque
Dans ce léger costume de nuit.

Je vis mes compagnons de voyage.
Ils étaient là eux aussi
Essayant de sauver leurs caméras.
Moi, ce qui m’importait
C’étaient mes quatre bigoudis
M’accompagnant toujours
Dans mon sac à dos
Qui se trouvait dans l’eau.

Réfugiée sur le bateau voisin,
On m’habilla correctement.
Mon regard croisa
Celui de mes compagnons.
Nous nous mîmes à rire gaiement
« On s’en souviendra toujours ».
Cette phrase sonne à mes oreilles
Comme si c’était hier.

Je ris encore en y pensant.
Je vois les jeunes indiens plongeant
Récupérant nos affaires.
Ainsi je retrouvai mes bigoudis,
Mais y laissai mon slip en papier.

O Shrinagar,
Garde ton lac.
Moi, je sais que sous son calme,
Se cachent des aventures heureuses,
Des photos merveilleuses
Qui me font rire et sourire
Bien des années après.

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