Maigret au Musée magritte (extrait)

Il pleuvait. Le capitaine poussa la porte de la taverne. Maigret lorgna à l’intérieur et, quand il vit l’homme installé, se décida ; Il entra, choisit une table près de la fenêtre et s’assit lourdement. Lourd de pluie, son pardessus lui pesait sur les épaules. D’un revers de manche, il lissa son chapeau et le posa sur la table face à lui. C’était un chapeau passé de mode, en forme de boule ou de melon. Il tenait à ce chapeau, comme à son épais pardessus qui lui avait déjà fait tant d’enquêtes.
Sans perdre de vue le capitaine, il commanda une portion de jambon de pays. « Avec du pain », précisa-t-il « et un quart de rouge ». Dès que la patronne l’eut servi, il attaqua son jambon et entreprit de découper son melon. Il craqua la miche de pain, se servit un verre de vin qu’il porta à hauteur de ses yeux en disant : « C’est du bon ».
A la table voisine, le capitaine fumait. A travers les volutes de sa pipe, il appréciait la patronne : « Les beaux jambons, les beaux melons ! ». Il demanda à Maigret de lui prêter son couteau et entreprit de découper la patronne. Sûr de son fait, Maigret se leva et d’un pas lourd se dirigea vers le capitaine. Il sortit sa blague à tabac, braqua le tuyau de sa pipe sur le coupable et prononça ces mots : « Au nom de la loi… ».
Le capitaine lâcha le croissant de melon qu’il venait de se tailler et se retourna le couteau vers Maigret qui ne dut la vie sauve qu’à l’épaisseur de son pardessus gorgé de pluie.
Au sol, la patronne baignait dans son sang. Maigret se pencha sur elle et dit : « Tout est fini. C’était une blague ». Il bourra sa pipe et sortit. Dehors, la pluie avait cessé.

Marcel Orianne

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