Hélène Hocquet

Texte à partir des noms de rue : Place de Bethléem

Place de Bethléem où le bruit des petits os qui craquent.
Ils craquent, ils explosent, ils s’exposent.
Des petits os comme des bobos, des bonobos, des rototos.
Il fait chaud. Chaud, sous le soleil de Bethléem.
J’en suis blême.
J’en suis blette comme une poire.
Ma poire. Tu la veux ma poire ? Non, toi tu préfères boire.
J’ai pas envie d’y croire… que l’on se retrouve là comme ça à Bethléem et qu’on sente autant nos os.
Nos os sous notre peau.
J’ai envie de partir en voyage. Là, où il fait froid, là où il fait gris.
Oui, je partirai bien là !
Dans mon chariot à provision, dans mon chariot à propulsion.
C’est comme une pulsion. Il faut que je passe à l’action.
J’entends mes os qui craquent.

***

Texte à partir d’un lieu

Il y a un fil là en haut du mur.
Non ce n’est pas un château
Non ce n’est pas si beau
Il y a un fil là en haut du mur
Pas un fil à linge
Ici, ce n’est pas l’Italie
Même s’il y a peut-être des mafiosos, des rigolos, des petits cocos et de sacrés cocos.
Coco, coco… noix de coco ?
Ha les noix de coco, ça me donne envie d’évasion.
De partir, de fuir
Sur une île déserte, à la campagne, à la montagne ? Je ne sais pas.
En tout cas, ça me donne envie de partir, de monter dans cette voiture sport garée là devant l’entrée de la prison.
Cette voiture, j’ai envie de la braquer et de partir, juste partir.

***

Le personnage

Le jeune homme au volant d’une voiture rouge vif, une bague au doigt, s’énerve devant le passage piéton.
Nous marchons trop lentement.
Il est en retard. Il n’a pas le temps d’attendre.
De toute façon, il est toujours en retard : le matin au boulot, le soir pour aller chercher les enfants à l’école.
Il est toujours, toujours, toujours en retard.
Même pour sa naissance, il était en retard.
Trois jours de retard dès le départ, c’est pas facile.
Pas facile de rattraper ton retard alors que tu commences ta vie.
Alors depuis qu’il est né, il voit rouge.
Et depuis qu’il a le permis, il a toujours eu des voitures rouges.
Il est en colère d’être toujours, toujours à la bourre.
Et puis, rouge, c’est bien, pense-t-il, comme ça on me voit de loin.
Sa bague au doigt, il ne la quitte jamais.
Elle brille comme l’œil d’un taureau qui affronte le toréro.
Toréro, c’était le métier de son père d’ailleurs.
Lui, il n’est pas né en Espagne mais rue de Suède.
Malgré tout, il a le sang chaud.

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