KSAR

Aujourd’hui, c’est jour du marché au Ksar Seghir, ‘Petit Château’, en français. Elle s’est levée à l’aube. Elle a couru le long de la plage avant de goûter l’eau.
Plonger, se nettoyer des promesses, des projets nuls. Se réveiller. Elle aurait voulu s’en aller pour demain. Elle avale sa première gorgée de café au lait et pense à un demain tout neuf, un demain sans lien, libre d’aujourd’hui.
Elle est assise dans la lumière, au bord de la falaise, elle cherche le goût du café, son goût quand elle le boit ici. Dans un verre, avec du lait et du sucre. Elle l’aime comme ça mais seulement ici, dans ce pays.

En face, l’Espagne, entre elles deux la mer, bleue à mourir. En bas, la plage. Les pêcheurs ont étendu leurs filets, les barques se reposent.
Derrière elle, les paysans posent leurs fruits et légumes : tomates, fel-fel, patates, oignons, pastèques, melons, prunes, poules, poulets et les histoires de comment s’en sortir.
Depuis son retour, elle écrit sans fumer, sans kif ni rien.
Les mots parfois sont trop petits, desséchés ou ils arrivent en raz de marée. Comment s’en sortir de cette page qui s’allonge infiniment ?
La page s’illumine avant que la mer ne boive son sang.
Elle parle pour les pêcheurs qui n’auront plus de barque, pour les enfants qui traversent la mer. Pour ceux qui y dorment et qui n’ont plus de nom. Si elle savait à qui parler !

Elle se souvient d’une petite fille assise dans les hautes herbes. Entre la mer et la forêt, Al Ksar Al Awwal, le premier château. Elle, toute petite, toute à l’écoute. Cela vient de la terre, du ciel, de l’eau, de la montagne. Un chant, un bruissement, une respiration. Caresse, promesse. Au loin l’odeur du café.

Anne Fievez

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