Intervention 1

Il subsiste toujours un doute sur l’âge d’Etienne de la Boétie quand il écrivit ceci, le Discours de la Servitude volontaire.
17 ans ?
18 ans ?
Nous sommes au 16ème siècle. Un siècle où l’on était jeune avant d’avoir 17 ans.
Et ce n’était pas du tout comme aujourd’hui, il n’y avait par exemple pas du tout de guerres entre des religions, il n’y avait pas de fanatisme, il n’y avait pas de pouvoir arbitraire, il n’y avait rien de tout ça. Un siècle parfait…
Bon, Etienne de la Boétie et Michel de Montaigne, si vous situez, deux potes, deux poteaux, Montaigne : « Parce que c’était lui, parce que c’était moi ». Il parlait d’Etienne de la Boétie..
Et puis aujourd’hui ; parce que il y a vous et parce qu’il y a nous. Et parce que le Festival des libertés, avec le Pac et la Maison du livre à saint Gilles ont proposé ceci, de nous emparer de la parole et de venir vous crier dans les oreilles cette question de l’obéissance et de la désobéissance qui traverse le festival..
On a choisi de venir avec Etienne.
C’est un bon compagnon qui nous a fait quelques soirées..
Et comment ça va se passer, ben, simplement.
On va répéter devant vous.
On va pas réciter.
On va répéter.
Nous ne sommes pas du tout comédiens.
C’est pas notre métier ?
Notre métier il est très divers, il est de chercher du travail, de trouver du bénévolat, de chercher un statut ou d’avoir eu un emploi ou même d’en avoir encore et même d’étudier…
Bref, nous sommes juste des gens qui avions envie d’oser parler.
Vous allez voir, les places vont s’échanger, il va y avoir un peu de remue ménage sur la scène, faudra qu’on soit capable de se refiler le micro, et vous de faire comme si vous n’aviez rien vu. Nous, de toute façon, on répète.
Moi, je vais lire les textes d’Etienne, des extraits, pas d’inquiétude, que nous avons choisi de travailler.
Et nous allons tenter de les rendre plus contemporains encore qu’ils ne sont. Nous allons les réinterpréter devant vous, ce soir !
Et comme à chaque fois, c’est moi qui démarre…
Premier extrait….

Scène 1. Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres…

Présents : Harika, Bernard, Patricia, Michèle, Parfait, Anne

« Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres ; n’en ayons qu’un seul ;
Qu’un seul soit le maître, qu’un seul soit le roi. »
Voilà ce que déclara Ulysse en public, selon Homère.
S’il eût dit seulement : « Il n’est pas bon d’avoir plusieurs maîtres », c’était suffisant. Mais au lieu d’en déduire que la domination de plusieurs ne peut être bonne, puisque la puissance d’un seul, dès qu’il prend ce titre de maître, est dure et déraisonnable, il ajoute au contraire : « N’ayons qu’un seul maître... »
Il faut peut-être excuser Ulysse d’avoir tenu ce langage, qui lui servait alors pour apaiser la révolte de l’armée : je crois qu’il adaptait plutôt son discours aux circonstances qu’à la vérité.
Mais à la réflexion, c’est un malheur extrême que d’être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré de la bonté, et qui a toujours le pouvoir d’être méchant quand il le voudra. Quant à obéir à plusieurs maîtres, c’est être autant de fois extrêmement malheureux.

Patricia : Je n’ai pas de maître, ou alors j’en ai trop ! Mon gouvernement, je l’élis. Mon roi ne gouverne pas. Je vis en démocratie, dans un Etat de droit. A qui voudrait-on donc que je désobéisse ? Je me demande si la bonne question, ce n’est pas à qui désobéir, mais à quoi ! Qui est vraiment aux commandes dans notre pays ? Le gouvernement, Mouais. L’union européenne ? Peut-être ? Mais ne sommes-nous pas plutôt gouvernés par les multinationales et les banques, ces murs d’argent, vrais lieux de pouvoir ?

Michèle : Trop c’est trop. Je ne sais plus contre qui batailler. Les multinationales ? Les banques ? Les medias mensonges ? La pauvreté ? La chasse aux chômeurs et aux sans papier ? Les politiques trahison ? L’Europe qui a bon dos ? L’ignorance et la bêtise ? Et j’en oublie. Mes ennemis sont trop nombreux.
Harika : Combien de chefs d’état, élus démocratiquement dans un premier temps, ne restent-ils pas accrochés à leur poste, telle la tique s’enfonçant profondément dans la peau de sa proie pour mieux en extirper le sang ? En quelques années, une fois la presse muselée, journalistes et opposants de tous bords jetés en prison, de démocratie ; il ne reste plus que la façade. Vient alors le tour de cousin Hyène aux Finances, de tata Vautour à la Famille et de neveu Asticot au Logement et là, c’est parti pour la grande tombola de la corruption et du népotisme généralisés !
Et combien de chefs d’états, intègres, ne sont-ils pas éliminés parce que trop intègres et pas assez intégrés aux règles du jeu ? Dans leur sommeil, de la main de leur meilleur ami, dans la solitude de la forêt et le silence implacable de l’acide.

Parfait :
La liberté est la somme du bien-être humain…

Michèle : Je vote donc je suis. Suis-je bête ? Ceux que je choisis ne seront pas élus et ceux qui seront élus trahiront ou seront impuissants. Des forces trop nombreuses font la loi au dessus de nos têtes. Face aux lois du marché, la démocratie est une illusion et les élections un piège à con.

Anne : Un ami me disait, je veux bien désobéir, il y a longtemps que je n’ai pas désobéi, Mais seulement voilà, je ne trouve personne qui me dise à quoi désobéir. C’est étrange…

Bernard : Je prône un seul seigneur et qu’il soit moi-même. Ce n’est pas du « je me la pète » mais la plus simple et l’unique réalité dont nous dépendons tous. Malgré nos illusions, malgré que nous soyions ici ensemble à tenter de divertir la galerie avec nos bons ou sévères mots, nous devons bien convenir que nous vivons, dès que nous pensons et parlons en nuances, dans une incommunicabilité complète.
Mes yeux vous regardent et vous interprètent avec toutes les nuances du passé unique qu’ils ont accumulé dans ma propre existence. Et vous de même. Qui, en dehors de soi-même, peut percevoir ou comprendre ces nuances ? 
Nous ne pouvons que vaguement nous approcher et c’est bien pour cela, si nous ne sommes point lâche, si nous ne fuyons pas notre destin en nous reportant illusoirement sur un dieu ou un premier ministre, ou une vedette de la télé ou un écrivain même Prix Nobel, nous n’avons que nous-même comme seigneur ou tyran.
Il suffit d’organiser sa vie avec cela et de laisser une trace pour notre après : des enfants ou, par exemple, la floraison des nos idées ou de nos combats. Voilà déjà un rêve suffisamment ambitieux pour ne pas perdre notre énergie à toutes ces autres fadaises. 
Parfait : La liberté est la somme du bien-être humain, il serait con de la confier à un seul individu.

Patricia : L’être de raison n’obéit pas aux lois de la cité, mais y adhère ou s’insurge contre elle s’il la trouve injuste. C’est Spinoza qui disait ça... Il faut avoir la possibilité de développer sa conscience pour pouvoir être son propre maître. Je vais vous dire à quoi j’ai désobéi dernièrement.

Bernard : Parce que tu as déjà désobéi ?

Début joute Patricia/Bernard

Fin joute intervention Musicale Julien

Fin scène 1.
Harika quitte, Farrah entre.

Scène 2. Cette ruse des tyrans….

Présents : Farrah, Bernard, Patricia, Michèle, Parfait, Anne

Cette ruse des tyrans d’abêtir leurs sujets n’a jamais été plus évidente que dans la conduite de Cyrus envers les Lydiens, après qu’il se fut emparé de leur capitale et qu’il eut pris pour captif Crésus, ce roi si riche….
On lui apporta la nouvelle que les habitants de Sardes s’étaient révoltés. Il les eut bientôt réduits à l’obéissance. Mais ne voulant pas saccager une aussi belle ville ni être obligé d’y tenir une armée pour la maîtriser, il s’avisa d’un expédient admirable pour s’en assurer la possession.
Il y établit des bordels, des tavernes et des jeux publics, et publia une ordonnance
qui obligeait les citoyens à s’y rendre. Il se trouva si bien de cette garnison que, par la suite, il n’eut plus à tirer l’épée contre les Lydiens. Ces misérables s’amusèrent à inventer toutes sortes de jeux si bien que, de leur nom même, les Latins formèrent le mot par lequel ils désignaient ce que nous appelons passe-temps, qu’ils nommaient Ludi, par corruption de Lydie.

Patricia :
Pauvre Cyrus ! S’il voyait ce qui se passe maintenant, il serait sur le cul ! Koh-Lanta,
L’amour est dans le pré, Danse avec les stars et autre the voice …
Le peuple des ludiques est en marche ! Vive le ludisme ! Le ludisme peut tout faire !
Si on cherche bien, le ludisme peut même vaincre le paludisme !

Farrah :
La télé-réalité, ce sont des êtres humains qui vivent comme des bonobos ? Personnellement, ce n’est pas ma réalité… C’est drôle, parce que téléréalité, ça veut dire « réalité vue de loin ». On n’a jamais regardé de loin d’aussi près…

Parfait :
Et d’ailleurs la télé est censée être à mon image
Bernard :
Je me demande. Est-ce la peur de la solitude qui pousse tant d’êtres humains à entrer « dans un groupe » et à maquiller leurs goûts à l’image de ceux de ses membres afin d’en être que mieux accepté ? Je me demande.

Michèle :

Tous les jours ma femme de ménage joue 5 euros au loto. Elle joue sa date de naissance, ou celle de sa fille, de son petit fils. Elle n’a jamais rien gagné mais un jour la chance viendra ; elle y croit très fort. En tous cas, d’en rêver, ça l’occupe bien pendant qu’elle récure ma cuisine.

Anne :
Ah les jeux !! Microsoft vient de licencier 18000 employés chez Nokia et acquiert le jeu Minecraft pour 2,5 milliards de dollars.

Parfait : Et d’ailleurs, la télé est censée être à non image par contre..

Farrah :
Dans la même journée, je constate qu’en me servant de l’essence à la station-service, je fais le travail d’un pompiste ; qu’en utilisant le self scanning ou les caisses rapides avec au super marché, je fais le travail d’une caissière ; qu’en respectant l’injonction « service au bar » affichée dans de plus en plus de bistros, je fais le travail d’une serveuse ; qu’en gérant mes comptes bancaires ou mes virements en ligne sur le site de ma banque, je fais le travail d’un employé ou d’une employée. Ces métiers, je les pratique tous les jours et j’accepte de le faire gratuitement. Je me comporte en citoyenne obéissant à un ordre que personne pourtant ne m’a donné.

Bernard :
Je me dis….Ce sont les médias soumis aux industriels qui imposent le « goût du jour » au public. C’est d’autant plus facile que dans sa candeur et son orgueil, celui-ci ne peut s’imaginer qu’il n’est pas libre dans ses choix culturels. C’est ce que je me dis…

Michèle :
Evidemment mais c’est bien sûr. Je comprends maintenant pourquoi la télé programme les émissions intelligentes et critiques à des heures indues quand les travailleurs dorment et les conneries genre starac ou gagner des millions à l’heure où ils peuvent regarder. Ce n’est donc pas un hasard.

Anne :
Je ne sais plus me passer de mon GSM, les enfants sont en manque de playstation avec le Coltan du Congo. Il y a du sang dans mon nouveau besoin.

Bernard : 
Partout, on colporte que le nouveau clip de Lady Gaga a conquis des millions de vues sur You Tube. C’est une extrême minorité des fans de cette star qui aura l’occasion de découvrir le reportage d’Envoyé Spécial, sur France 2, qui enquête à Dacca, auprès des étudiants qui passent leurs nuits de travail à gonfler ces moissons de « clics », payés à l’heure par des entreprises occidentales.

Parfait : Et d’ailleurs, la télé est censée être à non image par contre, quand je me suis regardé, je ne me suis pas reconnu

Anne :
Bon, c’est moi qui conclus ! Aujourd’hui, Cyrus s’appelle Mariano Rajoy et il est premier ministre en Espagne. Il vient de diminuer le budget de l’éducation pour monter un sorte de Disney land à la frontière avec la France avec jeux, roue de la fortune, casino, bordels, pompes à essence, centres commerciaux,…

Michèle :
Non, c’est moi qui termine. J’aime bien les diables rouges et j’aime bien qu’ils aillent au Bresil. Et qu’ils créent l’illusion de réconcilier Flamands et Wallons. Je n’aime pas cracher dans la soupe. De la à ce que l’on nous en serve jusqu’à l’indigestion en oubliant tout le reste... Je dis non, carton rouge.

Ponctuation musicale par Julien. Pas de joute.

Fin scène 2.
Farrah, Michèle et Bernard quittent.
Harika, Laura et Hélène entrent.

Scène 3.Tel est le penchant naturel du petit peuple…
Présents : Harika, Laura, Patricia, Hélène, Anne, Parfait.

A vrai dire, c’est assez le penchant naturel de la portion ignorante du peuple qui d’ordinaire, est plus nombreuse dans les villes. Elle est soupçonneuse envers celui qui l’aime et se dévoue pour elle, tandis qu’elle est confiante envers celui qui la trompe et la trahit. Ne croyez pas qu’il y ait nul oiseau qui se prenne mieux à la pipée, ni aucun poisson qui, pour la friandise, morde plus tôt et s’accroche plus vite à l’hameçon que tous ces peuples qui se laissent promptement allécher et conduire à la servitude pour la moindre douceur qu’on leur débite ou qu’on leur fasse goûter. C’est vraiment chose merveilleuse qu’ils se laissent aller si promptement, pour peu qu’on les chatouille. Les théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes curieuses, les médailles, les tableaux et autres drogues de cette espèce étaient pour les peuples anciens les appâts de la servitude, la compensation de leur liberté ravie, les instruments de la tyrannie. Ce
système, cette pratique, ces allèchements étaient les moyens qu’employaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets dans la servitude.

Hélène :
Quand un enfant naît on ne devrait pas lui dire : « bienvenue au monde petit » mais « bienvenue au castelet. Papa et maman marionnettes ne savent pas vraiment qui tire les ficelles mais ne t’inquiète pas avec ça, fais ce qu’on te dit faire. Quand tu seras grand, n’oublie pas de profiter de ton temps libre pour te distraire : inscrits-toi à un club de sport, part au soleil en vacances, regarde les JO et les matchs de foot avec tes amis, va danser en discothèque, au bal populaire, à la fête de la musique et aux nuits blanches. Tu vas voir, au castelet, on n’a jamais le temps de s’ennuyer. »

Laura :
Je suis désorientée….

Parfait : N’avons-nous pas vendu notre liberté …

Harika :
 « The revolution will not be televised », la révolution ne se passera pas sur nos écrans, fussent-ils plasma. Non, elle sera plutôt placenta. Elle ne lavera pas notre linge sale en famille plus blanc que blanc et « n’enlargera » aucun membre apparent. Elle se fera au grand jour, dans la rue et en 3D, là où les insoumis viendront couper (« tchak ! ») le cordon ombilical du numérique, de l’ADSL, du télévisé, de la bien nommée T.N.T, du mercantile, du toujours plus et toujours mieux – mais que si tu le VAUX bien ! - , de l’aliénation vendue en mille millions de pixels par les modes d’information et de communication actuels.

Parfait : N’avons-nous pas vendu notre liberté au prix du divertissement ?

Patricia :
Faire croire aux gens qu’ils font ce qu’ils veulent quand ils le veulent, c’est ça le véritable asservissement ! Faire croire à chacun qu’il est unique alors que l’on veut que tout le monde se ressemble, c’est ça le vrai mensonge.

Parfait : N’avons-nous pas vendu notre liberté au prix du divertissement ?
T’as un seul droit :vsouris même quand t’a mal.

Anne :
On a oublié les banques. C’est aussi du spectacle, les banques. Les banques avant, on leur confiait notre argent, on avait confiance en elles et en échange, elles nous rendaient des services, elles nous aidaient à faire nos démarches. On avait une vraie relation avec elles, avec le guichetier qui passait vos virements... Avec l’histoire, ça c’est transformé. On nous dit maintenant « Aie confiance, je vais prendre soin de tes biens ». Mais maintenant, il n’y a plus de service, tu dois tout faire toi-même et en plus ils te proposent encore plus de trucs, de faux services pour te prendre encore plus de fric. Ils profitent de notre naïveté et c’est nous qui travaillons pour eux. On fait tout et on les paye pour faire le boulot à leur place. C’est le monde à l’envers : toi tu fais tout, eux, ils ne font rien et ils profitent du fric. Moi, je dis, soutenons notre guichetier ! Désobéissons ne faisons pas le travail des banques à leur place !

Hélène : Quelle énergie ! T’as toujours été comme ça ?

Début joute Hélène-Anne
Fin joute, ponctuation musicale par Julien

Fin scène 3
Anne sort
Michele entre

Scène 4. Les Tyrans romains….
Présents : Michèle, Patricia, Harika, Hélène, Laura, Parfait

Les tyrans romains eurent encore une autre idée ils donnaient souvent des festins aux dizaines publiques en gorgeant comme il le fallait cette canaille qui se laisse aller plus qu’à toute autre chose au plaisir de la bouche. Ainsi, le plus éveillé d’entre eux n’aurait pas quitté son écuelle de soupe pour recouvrer la liberté de la République de Platon. Les tyrans faisaient largesse du quart de blé, de la mesure de vin, du sesterce, et c’était pitié alors d’entendre crier : « Vive le roi ! ». Ces lourdauds ne s’avisaient pas qu’ils ne faisaient que recouvrer une part de leur bien, et que cette part même qu’ils en recouvraient, le tyran n’aurait pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée.

Hélène :

Un festin romain, qui peut résister à ça ? Qui n’a pas envie de se faire éclater la panse gratuitement ? Dans les vernissages, les festins y a rien de tel pour attirer du public. En tout cas moi, je dis bravo les Romains, parce qu’au moins de temps en temps, le peuple, il avait quelque chose à bouffer. Au Brésil y a que le gratin qui s’est fait un festin pendant la coupe du Monde.

Patricia :

Au 20ème siècle, il y avait le communisme et le capitalisme. Le communisme s’étant effondré, le capitalisme s’est érigé en modèle unique, imposant son diktat impitoyable aux moins nantis de la planète. Du pain et des jeux pour endormir les consciences bien-pensantes, pour annihiler toute velléité de réflexion.

Parfait :
Je ne suis jamais invité à la table…

Harika :
Des "éléments de langage" aux tailleurs de la "Première Dame", des campagnes électorales savamment orchestrées aux dépenses de fonction abyssales minutieusement camouflées, les politiques nous mènent par le bout du nez. Et nous en redemandons.

Laura :
Je suis triste….

Michèle :

C’est génial si j’achète 12 bouteilles de coca- cola je reçois la 13ème gratuite. Si j’en achète 60 j’en aurai 5 gratuites. Quelle économie pour moi qui déteste à la fois le coca et « coca-cola », et quel profit pour eux. Je préfère ne pas.

Parfait :
Je ne suis jamais invité à la table mais par contre

Michèle :

Chouette, un promo sur ma poudre à lessiver préférée : la meilleure, c’est scientifiquement prouvé. 30% en plus, gratuits. J’aimerais ne prendre que les 30% gratuits mais je ne peux pas. C’est pas cool, dommage.

Parfait :
Je ne suis jamais invité à la table, mais par contre c’est toujours moi qui paye l’addition.

Laura :
Il a raison, c’est toujours eux qui paient l’addition…

Joute Laura-Patricia
Ponctuation musicale par Julien

Fin scène 4
Patricia et Michèle sortent
Bernard et Farrah entrent

Scène 5. Les rois d’Assyrie et après eux les Mèdes…
Présents : Farrah, Bernard, Harika, Hélène, Laura , Parfait

Les rois d’Assyrie, et après eux les rois Mèdes, paraissaient en public le plus rarement possible, pour faire supposer au peuple qu’il y avait en eux quelque chose de surhumain et laisser rêver ceux qui se montent l’imagination sur les choses qu’ils ne peuvent voir de leurs propres yeux. Ainsi tant de nations qui furent longtemps sous l’empire de ces rois mystérieux s’habituèrent à les servir, et les servirent d’autant plus volontiers qu’ils ignoraient qui était leur maître, ou même s’ils en avaient un ; de telle sorte qu’ils vivaient dans la crainte d’un être que personne n’avait jamais vu.
Les premiers rois d’Egypte ne se montraient guère sans porter tantôt une branche, tantôt du feu sur la tête : ils se masquaient et jouaient aux bateleurs, inspirant par ces formes étranges respect et admiration à leurs sujets qui, s’ils n’avaient pas été aussi stupides ou soumis, auraient dû s’en moquer et en rire.
 
Hélène :
Ces histoires de rois d’Egypte, ça me rappelle celle du peintre Léonard Tsughuharu Foujita. Foujita, tout le monde l’a oublié maintenant mais dans les années 20, il était super connu, c’était une méga star aussi connu que Picasso même plus. C’était aussi un artiste hyper excentrique. Un jour il est venu dans une soirée mondaine avec un abat-jour sur la tête et il a réussi à faire croire à tout le monde que dans son pays ce n’était pas un abat-jour mais un chapeau.

Parfait :
L’uniformité n’a pas sa place dans le monde…

Farrah :

Bernard :
Aujourd’hui, le « politique » se montre peu au peuple. Aujourd’hui, quand le vaste public regarde, le divertissement squatte la place du social, de la réflexion fondamentale, de l’organisation de la cité.

Laura :

Hélène :
Quand vous êtes journaliste de presse écrite, c’est assez drôle de voir le comportement des politiques à la sortie des appareils photos. Ils s’agglutinent tous face à l’objectif comme des mouches affamées se jettent sur une trace de confiture. Et vas-y que je te pousse des coudes pour être visible sur la photo. Faut pas croire, même les plus petits hommes politiques succombent au quart d’heure de gloire warholien. Et quel quart d’heure ! La fête de la saucisse, le goûter des aînés, la remise de prix des 24 heures de pétanque, toutes ces micro-évènements de la vie locale, ils y assistent dans le seul but d’être vu et dans l’espoir que le journaliste ferra bien son travail.

Parfait :
L’uniformité n’a pas sa place dans le monde, radical est celui qui le croit.

Harika :
Cette élite politique minutieusement formée à noyer le poisson, à faire « mourir par asphyxie en immersion » les espoirs de leur génération, à en tarir la sève, tire à pile ou face -une fois diplômée- afin de décider vers quel bord politique elle prétendra pencher. Mais quel plaisir de suivre les scandales de cette prétendue élite, de savoir que dans cette classe de la société que nous avons instituée comme étant inaccessible, existent aussi des cocus, des obsédés, des dyslexiques, des chauves, des gros, des mous, des vieux,... Les affaires de pots de vin, de magouilles en tout genre nous réjouissent plus qu’elles ne nous choquent de l’usage fait des deniers publics : tout compte fait, ils sont humains, comme nous. Ouf, nous voilà rassurés...

Bernard :
Une expérience extraordinaire et le public aimait. Pendant 20 ans, la RTBF a fait le contraire de France 2 ou France 3. Par exemple, elle programmait « Strip-Tease » à 20H20 alors qu’exactement le même programme, à la même période, France3 le diffusait à 23H, pensant que le large public ne regarderait pas ce programme au prime-time. Hihihi.
La confiance au public, l’envie qu’il s’élève petit à petit, de la RTBF fut payant : La Une programma, pendant près de 20 ans avec succès, à 20H20, chaque semaine, 2 prime dédié au divertissement et 5 soirées plutôt axées social, débat citoyen, droits des consommateurs, justice, etc.
Personne ne rappelle cela. Même pas les spécialistes de l’audiovisuel ou les profs d’université à leurs étudiants.
 Sous le règne de Jean-Paul Philippot, il fut mis fin à ce miracle (le public n’est pas si con), non pas parce que celui-ci était devenu mirage (le public ne voulait tout d’un coup plus s’élever petit à petit) mais parce que la téléréalité commençait à envahir les écrans privés et la direction de la RTBF s’est dit que ce serait bon pour plus de rentrées publiciticaires si on chamboulait tout cela en essayant des programmes plus dans l’air du temps pour capter encore plus de public et surtout des jeunes car ceux-ci, à l’inverse des vieux, changent rapidement leur habitudes de consommation, ce qui est un plus pour les annonceurs qui, à la télé, promeuvent le plus souvent de nouveaux produits, le plus souvent inutiles.
 

Parfait :
L’uniformité n’a pas sa place dans le monde. Radical est celui qui le croit. Hausse ta voix ! Hisse ta voile !

Tous : « Hausse ta voix, hisse ta voile !

Harika :
Farrah,….

Joute Harika-Farrah
Ponctuation musicale par Julien

FIN scène 5
Tout le monde reste en place

Scène 6. Il est certain qu’avec la liberté

Il est certain qu’avec la liberté on perd aussitôt la vaillance. Les gens soumis n’ont ni ardeur ni pugnacité au combat. Ils y vont comme ligotés et tout engourdis, s’acquittant avec peine d’une obligation. Ils ne sentent pas bouillir dans leur coeur l’ardeur de la liberté qui fait mépriser le péril et donne envie de gagner, par une belle mort auprès de ses compagnons, l’honneur et la gloire. Chez les hommes libres au contraire, c’est à l’envi, à qui mieux mieux, chacun pour tous et chacun pour soi : ils savent qu’ils recueilleront une part égale au mal de la défaite ou au bien de la victoire. Mais les gens soumis, dépourvus de courage et de vivacité, ont le coeur bas et mou et sont incapables de toute grande action. Les tyrans le savent bien. Aussi font-ils tout leur possible pour mieux les avachir.

Parfait :

Libre ce n’est pas ce cadeau divin légué départ égale à la nature humain
S’il faut mendie pour l’avoir je crois que nous sommes tous murée.
Etienne 500 ans après ton ouvrage ton peuple continu a ce réalisé
Dans cette réalité. La servitude est à présent implanter dans nos gènes
Car le slogan libre autre fois tapie dans nos cœurs fus remplacer pas vivre mieux.
L’égalité c’est faire ensevelir par la démocratie
L’uniformité prône au-dessus l’universalité
Obéie ou faire obéi est la seule passion de l’espèce humaine
Pourquoi, pour qui, et comment les raiponces reçues sont à ce jour au seul profit du tyran.
Plus on obéi sans s’opposer plus on s’en chaine. Le mal qui en mous habite ne devrait pas être dissimile mer éradiqué. Ne me demande pas pourquoi je rougi si personne ne réagir. La liberté est un droit pas un poids. Le terme ce désobéir il est temps d’hausse le ton. Je me rétien car j’ai peur je possède comme armement un bouquet de fleur. Etant moi-même comme tout être humain du monde je participe à sa ruine. Voilà un triste constat Le poids de nos actes nous rapproche un peu plus du déclin de la planète.
Peuple si tu veux ta liberté rabaisse toi a la taille du plus misérable du monde. Et la liberté règnera.

Le texte termine par « Hausse ta voix, hisse ta voile !

Julien joue les notes « manif ». Les absents rentrent en scène.

Tous :
Hausse ta voix, Hisse ta voile

Fin.

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