Édito

Une crise à peine apaisée – du moins au sens propre de phase aigüe d’une maladie – voilà qu’une guerre se déclenche.

Là-bas, on s’horrifie de la violence sans nom et de la destruction stupide, face auxquelles nous sommes dans l’impuissance. Là-bas règnent aussi des rivalités géostratégiques et impériales auxquelles nous ne souhaitons pas prendre part.

Ici, on se félicite d’un accueil généreux des personnes déplacées et puis on partage le sentiment d’injustice qu’éprouvent tant d’autres en quête d’accueil ou d’abri. Ici, on mesure tout juste les conséquences sociales ravageuses qui se rajoutent à celles de la pandémie et d’une contagion néolibérale virulente depuis des décennies. Partout, on souffre de dérèglements multiples qui ne décroissent pas.

Dans une situation si grave, n’aurions-nous plus qu’à parler de la pluie et du beau temps ? Faisons-le alors à la Prévert, en mêlant confidences personnelles et élans militants. Dans cette situation bouchée où l’espoir s’obstine à percer des ouvertures et créer des reliures, quel est le rôle de la Maison du Livre ?

Notre humble demeure se veut avant tout une maison d’écriture et de lecture. C’est à partir de l’écriture que nous interrogeons le sens du travail, en général, et le nôtre en particulier. Notamment l’apport d’une maison pour la démarche de celles et ceux qui écrivent. 

En nous inspirant de la grande humanité et générosité de Julos Beaucarne, pouvons-nous en appeler aux vertus pacifiques de la poésie et au pouvoir des mots pour apaiser les maux comme le pratiquaient les rebouteuses et rebouteux ?

Sans nous illusionner sur la portée de nos gestes et actes, il y a là des héritages, des manières d’ouvrage, des pratiques de soins – souvent féminines – à transmettre et restituer afin de reboiser l’âme humaine et tricoter nos histoires pour tisser des récits communs.

Mathieu Bietlot