Des accords de genres
Ici et ailleurs, sévissent les retours de bâtons contre les conquêtes féministes et celles des minorités. « Femme » a échappé de justesse à la liste des mots interdits par l’administration Trump. Si les idéologies réactionnaires se croient tout permis, si les études et luttes de genre ont mauvais genre, si des pouvoirs politiques et économiques censurent des mots et des livres, notre maison appelle à les faire résonner, à les remuer et à leur donner corps en ses murs et au dehors.
Les mots sont importants. Les mots sont à défendre. Les mots bougent et font bouger. La littérature au sens large est aussi un terrain de lutte. Elle est traversée par des dominations, des reproductions, des invisibilisations, des assignations, des stéréotypes – entre autres de genres – comme par des émancipations, des innovations, des prises de consciences, des montées en scène, des secousses, des renouvellements de perspectives… Les textes ne cessent d’interagir avec le contexte.
Au cœur des horreurs stupéfiantes et des émergences prometteuses de l’époque, nous vous proposons d’agiter ces interactions. Comment les luttes de genres et les expressions minoritaires font-elles bouger la littérature ? Comment, en retour, la littérature et ses inventions font-elles bouger les questions de genre ? Comment les constructions et les choix de genre s’inscrivent-ils dans le corps des textes ? Comment les identités de genre interagissent-elles avec les genres littéraires ?
Pour brasser ces questions, nous voulons donner à lire et à entendre des voix qui bousculent les canons oppressants et binaires, qui inventent de nouvelles écritures et langages, qui hybrident les genres littéraires et fluidifient les frontières. Nous encourageons chaquX à définir sans directives, à éprouver sans scrupules, à dire sans dédains, à écrire sans entraves, à faire sans-façon son genre ou ses genres.
C’est dans une dynamique joyeuse, inclusive et subversive que la Maison du Livre veut ouvrir des espaces d’expressions et de partage autour de ce sujet vaste et multiple qui nous concerne toustes, autour de ces sujets vastes et multiples que nous sommes toustes. Nous serons sensibles à l’articulation de l’individuel et de la collective. Comment l’émancipation des genres assignés engendre-t-elle des résistances créatives et des transformations sociales ? Comment les écritures et les luttes agencent-elles les questions identitaires avec les enjeux du commun, avec d’autres préoccupations culturelles, sociales, économiques et écologiques ? Comment les mouvements qui secouent les lignes politiques, les normes sociales ou les codes littéraires évitent-ils de se faire récupérer ou de se resserrer sur eux-mêmes ?
Ensemble, nous écrirons, nous écouterons, nous encouragerons. Nous accueillerons ce qui bouge et déconstruirons ce qui (se) fige. Nous deviserons des désaccords et imaginerons des genres d’accords. En tout, nous favoriserons la fluidité et relierons les libertés.




